
Je ne me lasse pas, personnellement, de Kandinsky. Il est pour moi l’un de ces artistes fascinants qui cherchent en permanence à éclairer d’un jour nouveau leur quête artistique, à remettre en question leurs propres acquis pour aller toujours plus loin. Quelle trajectoire que celle de Kandinsky, du paysagisme expressionniste de ses débuts munichois jusqu’aux compositions abstraites les plus épurées de sa période parisienne !
J’aime particulièrement la période de création qui l’amena à réaliser cette Montagne. Elle témoigne d’une vision du monde qui ne cherche plus à représenter le visible, mais à aller au-delà : laisser transparaître une émotion intérieure, une réalité spirituelle que la figuration seule ne peut atteindre. La montagne n’est plus un motif topographique, elle devient prétexte, vibration, élan vers quelque chose d’indicible. C’est précisément ce basculement, entre représentation et sensation, qui rend cette œuvre si saisissante.
Ce n’est pas un paysage. Ou plutôt, ce n’est déjà plus un paysage. Montagne (1909) appartient à la période charnière de Kandinsky à Murnau. Elle est conservée au Lenbachhaus de Munich, musée qui abrite la plus grande collection mondiale du Blaue Reiter.
Analyse formelle et technique
La toile carrée impose d’emblée une frontalité physique. Le rouge ceint l’ensemble comme une chaleur contre la peau. Le bleu descend, dense, depuis le sommet. Le flanc vert se déchire en blanc. Regardez bas : deux silhouettes émergent à peine, un cavalier, une figure qui lui fait face. Tout en haut, des formes fragmentées évoquent un dôme, le souvenir du Kremlin, peut-être. La facture est large, urgente. L’huile garde la trace du geste. Kandinsky travaille ici à la confluence de deux pratiques qu’il menait séparément : l’étude d’après nature et la peinture de figures. Montagne est la première fois qu’elles fusionnent sur grand format. Ce que le pinceau gagne en liberté, le motif le perd en lisibilité. Et c’est précisément là que quelque chose commence.
Portée historique et artistique
En 1909, le Blaue Reiter n’existe pas encore formellement. Mais Montagne en porte déjà la philosophie. Pour Kandinsky, le bleu est la couleur céleste par excellence. Le rouge porte une énergie résolue. Le blanc n’est pas vide : c’est un silence chargé de possibilités. Les formes figuratives subsistent, cavalier, montagne, dôme, mais elles chancellent. Elles sont sur le point de se dissoudre dans la couleur pure. La tension entre figuration et abstraction ne se résout pas. Elle reste ouverte, comme une question posée à la peinture elle-même.
Vassily Kandinsky (1866-1944), peintre cofondateur du Blaue Reiter en 1911, est l’une des figures fondatrices de l’abstraction en peinture. Montagne précède de deux ans ce tournant historique.
Au Lenbachhaus, une nouvelle vie pour le Blaue Reiter
Depuis le 10 mars 2026, le Lenbachhaus présente Beyond the World. The Blue Rider, refonte ambitieuse de sa collection du Cavalier bleu, enrichie de nouvelles acquisitions, visible jusqu’en septembre 2027. Montagne y occupe une place charnière : elle marque exactement le moment où Kandinsky bascule vers ce qui deviendra le mouvement.
Source : https://www.lenbachhaus.de/en/program/exhibitions/details/ueber-die-welt-hinaus-der-blaue-reiter
Une question pour vous
💭 Cézanne avait déjà réduit la montagne Sainte-Victoire à ses plans essentiels. Kandinsky peint sa montagne six ans plus tard, et pourtant, parlaient-ils encore le même langage ?
À propos de cette œuvre
- Montagne
- Vassily Kandinsky
- 1909
- Huile sur toile
- 109 × 109 cm
- Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau, Munich
- https://www.lenbachhaus.de/en/digital/collection-online/detail/berg-30018932





