
C’est une douceur joyeuse que je rencontre ici, presque inattendue chez Kandinsky de la période Bauhaus, souvent associé à la rigueur géométrique. Les couleurs n’agressent pas : elles appellent à une méditation paisible, lumineuse. L’œil se pose, puis voyage. Les formes semblent d’ailleurs le savoir : certaines fonctionnent comme des incitations à redescendre sur la toile, à recommencer le parcours. On ne quitte pas ce tableau, on y revient.
Le titre allemand Milder Vorgang, littéralement événement doux, est une clé précieuse. Il y a bien quelque chose qui se passe ici, autour de ces formes et entre elles. Non pas une action dramatique, mais un événement au sens presque phénoménologique : une présence, une vibration, une musicalité des couleurs que Kandinsky théorisait depuis ses écrits du Bauhaus. La peinture devient partition.
Et puis il y a cette dimension que j’aime particulièrement : Milder Vorgang est aussi, peut-être, une allégorie de l’expérience artistique elle-même. Toute rencontre avec une œuvre est un événement doux, une traversée du temps et de l’espace entre celui qui a peint et celui qui regarde. Kandinsky a posé ces formes en 1928 ; nous les recevons aujourd’hui, et quelque chose se passe en nous.
Voir
Ce n’est pas l’abstraction froide qu’on attendrait. Ou plutôt, ce n’est pas seulement cela. Sur ce carton de format horizontal, un ciel turquoise pâle accueille une constellation de formes : triangles ocre, damiers multicolores, flèches sombres pointées vers le bas, arcs concentriques, un soleil nervuré dans l’angle gauche. Tout flotte. Tout circule. Le fond lui-même, travaillé en lavis quasi aquarellés, respire sous les formes comme une atmosphère vivante.
Comprendre
Nous sommes en 1928. Kandinsky enseigne au Bauhaus depuis six ans. Il théorise la couleur, la forme, leur résonance intérieure. Milder Vorgang appartient à cette période de synthèse : la rigueur constructiviste du Bauhaus y côtoie une légèreté presque enfantine. Les flèches, loin d’être des signes directifs, deviennent des motifs rythmiques. Les formes géométriques perdent leur sévérité dans un fond aérien. Kandinsky peint sur carton, format modeste, mais la composition rayonne. C’est là la tension irrésolue de cette œuvre : une grammaire visuelle savante qui produit une sensation de liberté pure.
Ressentir
Regardez les flèches. Elles pointent vers le bas, mais l’œil, lui, remonte. Ce paradoxe est peut-être le cœur du tableau. Kandinsky (1866-1944), peintre russe, juriste devenu artiste à 30 ans, fondateur de l’abstraction lyrique, savait que la couleur agit avant la pensée. Ici, le jaune chante, le vert murmure, le turquoise retient. Laissez l’œil circuler. L’événement, c’est ça : cette conversation silencieuse entre vous et les formes.
Le Musée d’arts de Nantes aujourd’hui
Le Musée d’arts de Nantes, qui conserve cette œuvre dans ses collections permanentes, accueille jusqu’au 30 août 2026 Odyssée de l’oubli, exposition du duo Anne et Patrick Poirier sur la fragilité des civilisations. Sa collection de plus de 13 000 œuvres, du 13e au 21e siècle, en fait l’un des grands musées des beaux-arts français.
Source : metropole.nantes.fr
Une question pour vous
💭 Et si ces flèches ne descendaient pas pour diriger, mais pour vous retenir dans le tableau un peu plus longtemps ?
À propos de cette œuvre
- Milder Vorgang (Événement doux)
- Vassily Kandinsky
- 1928
- Huile sur carton
- 39 x 68,2 cm
- Musée d’arts de Nantes
- https://www.navigart.fr/museedartsdenantes/artwork/vassily-kandinsky-milder-vorgang-evenement-doux-110000000002168






