
C’est la couleur qui m’a saisi en premier. Ces orangés et ces rouges qui embrasent les arbres, posés en touches larges contre le bleu dense de la montagne, sans transition, presque sans dessin : Kandinsky ne décrit pas l’automne, il en restitue l’intensité. J’aime particulièrement cette période de son œuvre, autour de 1908, encore figurative mais déjà travaillée de l’intérieur par la couleur, on sent que le paysage n’est plus qu’un prétexte, que quelque chose est en train de céder. Devant ce petit carton de 33 centimètres, on assiste presque en direct à la naissance de l’abstraction. Et c’est un bonheur.
Voir
Des gouttes bleu turquoise tombent dans le feuillage brun, en haut à droite. Regardez-les : rien ne les justifie, sinon le plaisir de l’œil. Autour, l’automne crépite par touches verticales, ocre, rose, vermillon. Un ciel rose chauffe la crête. La montagne pèse, bleu profond, presque froide sous les doigts. Deux troncs coupent la scène. Un chemin serpente, tiède comme une peau.
Comprendre
Nous sommes en 1908. Kandinsky (1866-1944) et Gabriele Münter arpentent les Préalpes bavaroises, autour de Murnau. Oberau donne vraisemblablement ce motif : le titre lui-même hésite sur le lieu. Le peintre travaille vite, en plein air, à l’huile sur carton, petit format de 32,8 sur 44,5 centimètres. La pâte reste grasse, posée en pavés serrés. La couleur quitte sa fonction descriptive : prairie vert amande, forêt tachetée comme un vitrail. Trois ans avant la fondation du Cavalier bleu, l’expressionnisme s’éprouve ici, dans l’exercice. Pourtant Kandinsky signe cette étude, en bas à droite. Un essai, donc, mais revendiqué comme un tableau. La contradiction reste entière.
Ressentir
Approchez-vous, mentalement. Sentez la butée des touches, leur épaisseur de pâte encore fraîche. L’air d’octobre pique, la lumière réchauffe les ocres. Le paysage existe encore, mais il vibre autrement. Observez le chemin : il ne mène nulle part, il rythme. Votre œil marche à sa place. C’est peut-être cela, l’automne selon Kandinsky : une température de couleurs plus qu’une saison.
Au Lenbachhaus, le Cavalier bleu se redéploie
Depuis le 10 mars 2026, le Lenbachhaus de Munich présente « Beyond the World. The Blue Rider », nouvel accrochage de sa collection du Cavalier bleu, visible jusqu’en septembre 2027. Plus de 150 œuvres, dont des acquisitions inédites, en prélude au centenaire du musée. Ce fonds provient de la donation Gabriele Münter de 1957.
Source : lenbachhaus.de
Une question pour vous
💭 Et si l’abstraction n’était pas née en 1911 dans une théorie, mais ici, en 1908, dans une simple étude de plein air ?
📌 À propos de cette œuvre
- Étude d’automne, vraisemblablement d’Oberau
- Vassily Kandinsky
- 1908
- Huile sur carton
- 32,8 × 44,5 cm
- Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau München, Fondation Gabriele Münter 1957
- https://www.lenbachhaus.de/en/digital/collection-online/detail/herbststudie-vermutlich-aus-oberau-30002999






