
Ce qui me frappe dans cette toile, découverte en me promenant dans la collection en ligne du Lenbachhaus, c’est l’équilibre fragile qu’elle maintient entre la scène et l’abstraction. Nous voyons un gendarme sur son cheval, quelques personnages, un paysage ponctué d’architectures et de touches florales, tout cela balayé par de grandes diagonales qui imposent le mouvement avant même que l’œil identifie les formes.
Cette richesse de détails coexiste avec une composition qui ne cherche déjà plus à représenter, mais à transmettre l’impression laissée par une scène vécue, les couleurs, posées par aplats vifs, comptant ici davantage que le motif lui-même. Ce qui ajoute à mon admiration, c’est qu’en 1911, Kandinsky choisit de nommer l’œuvre « Impression IV » plutôt que de lui donner un titre narratif : le terme renvoie à sa propre classification de ses toiles en Impressions, Improvisations et Compositions, selon le degré de spontanéité ou d’élaboration de la démarche créative. Le sous-titre « Gendarme » n’est qu’une indication, presque accessoire, du motif de départ. C’est cette manière de placer la catégorie au-dessus du sujet qui me semble incarner toute la modernité de sa démarche : l’œuvre ne raconte plus une histoire, elle capture un état.
Voir
Un contour noir, épais, cerne d’abord le dos du cheval couché. Puis le regard remonte vers le cavalier, masse sombre presque sans visage. Deux diagonales filent du centre vers les bords. À gauche, une rangée de colonnes ; à droite, des cercles jaunes et orange, comme des lanternes. Entre les deux, des touches roses et mauves dessinent une foule sans contour précis.
Comprendre
Vassily Kandinsky peint cette toile en 1911. Cette année-là, il fonde avec Franz Marc le mouvement du Cavalier bleu à Munich. La scène s’inspire d’un défilé aux lanternes organisé sur la Königsplatz. La ville célèbre alors les quatre-vingt-dix ans du prince régent, le 12 mars 1911. Kandinsky range cette huile sur toile parmi ses « Impressions ». Il distingue cette catégorie des « Improvisations » et des « Compositions » selon le processus créatif, pas selon le sujet. Six « Impressions » naissent cette année-là ; chacune porte un sous-titre, simple repère plutôt que titre narratif. Né en Russie, l’artiste s’installe à Munich et développe une pensée qui mène vers l’abstraction.
Ressentir
Approchez-vous du tableau, là où le noir cède à la couleur. Le cheval semble suspendu, ni au repos ni en marche. Cette tension entre la fête annoncée par le sujet et la dissolution des formes ne se résout jamais. Kandinsky ne raconte pas un défilé : il en garde la sensation, la cadence, le vertige des aplats. Restez un instant devant cette ambiguïté, sans chercher à la dénouer.
Actualité
Le LaM (Lille Métropole Musée d’art moderne) a accueilli, en partenariat avec le Centre Pompidou, au printemps 2026, une grande rétrospective consacrée à Vassily Kandinsky intitulée « Kandinsky face aux images ». Conçue comme l’exposition inaugurale de la réouverture du musée après un an et demi de travaux de rénovation, elle a dévoilé des œuvres et archives issues du legs de Nina Kandinsky au Centre Pompidou, explorant le rôle des photographies, illustrations scientifiques et images de presse dans la quête de l’artiste vers l’abstraction. Cette exposition confirme l’intérêt constant porté à l’œuvre de Kandinsky par les grandes institutions françaises et européennes, plus de quatre-vingts ans après la mort de l’artiste.
Source : https://musee-lam.fr/fr/kandinsky-face-aux-images
Une question pour vous
💭 Si Kandinsky avait dû ranger cette toile selon les genres traditionnels de la peinture, plutôt que selon son propre système, dans quelle catégorie l’aurait-il classée : scène de genre, paysage urbain, ou peinture d’histoire ?
📌 À propos de cette œuvre
- Impression IV (Gendarme)
- Vassily Kandinsky
- 1911
- Huile sur toile
- 95,7 x 108,3 cm
- Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau München
- https://www.lenbachhaus.de/en/digital/collection-online/detail/impression-iv-gendarme-30011856





