
Kochel, février 1909. Wassily Kandinsky plante son chevalet face au cimetière enneigé. Le village bavarois dort sous la neige. L’artiste russe, en séjour près de Murnau avec Gabriele Münter, cherche une nouvelle manière de voir le monde.
Des couleurs qui défient le réel
Observez ces maisons aux murs jaune soleil qui contrastent avec le bleu du ciel d’hiver. Kandinsky applique la peinture avec des touches épaisses et visibles. Les ombres ne sont pas grises : elles deviennent bleu-noir, presque violettes dans la neige. Un buisson sombre occupe le premier plan à droite, peint par larges aplats. Les toits portent des masses de neige blanche en relief. Ce petit format capture l’essence du paysage plutôt que son apparence photographique.
L’invention d’un nouveau langage pictural
Entre 1908 et 1914, Kandinsky passe de nombreux séjours à Murnau, dans les Préalpes bavaroises. Ces séjours transforment radicalement sa peinture. Il abandonne progressivement la représentation fidèle de la nature pour explorer les interactions pures entre formes et couleurs. « Kochel – Cimetière et presbytère » illustre cette transition décisive. Kandinsky libère la couleur de son rôle descriptif : le jaune vibre, le bleu envahit l’espace. Cette approche non réaliste annonce l’abstraction qu’il développera quelques années plus tard. Le mouvement Der Blaue Reiter (Le Cavalier Bleu), qu’il cofonde en 1911, naît de ces expérimentations.
Kandinsky, le pionnier de l’abstraction
Vassily Kandinsky (1866-1944) révolutionne l’art moderne. Juriste de formation, il se consacre à la peinture à trente ans. Il cherche à exprimer le spirituel à travers la couleur pure et la forme libérée.
Une question pour vous
💭 Et si ce paysage d’hiver n’était qu’un prétexte pour orchestrer une symphonie de bleus et de jaunes ?
À propos de cette œuvre
- Kochel – Cimetière et presbytère
- Vassily Kandinsky
- 1909
- Huile sur carton
- 44,4 × 32,7 cm
- Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau, Munich
- https://www.lenbachhaus.de/en/digital/collection-online/detail/kochel-friedhof-und-pfarrhaus-30003881
Kochel en hiver : la couleur libérée du réel
Kochel, Cimetière et presbytère est l’une des œuvres peintes au cours du séjour hivernal de Vassily Kandinsky (Moscou, 1866 – Neuilly-sur-Seine, 1944) à Kochel, village de les Préalpes bavaroises, au début de l’année 1909. La composition représente le cimetière et le presbytère du village sous la neige : des maisons aux murs jaunes se découpent sur un ciel d’hiver bleu intense, des buissons sombres bordent le premier plan, et des toits chargés de neige définissent les volumes de la scène. Mais Kandinsky ne décrit pas ce paysage : il le traduit. Les couleurs sont appliquées avec une franchise et une intensité qui dépassent l’observation optique, et la touche visible, empâtée, directe, signale que la matière picturale a autant d’importance que le motif qu’elle représente.
Le tournant de Murnau
Les séjours de Kandinsky en Bavière entre 1908 et 1910 constituent un moment décisif dans l’histoire de l’art du XXe siècle. En compagnie de Gabriele Münter, Alexej Jawlensky et Marianne von Werefkin, il explore les villages et les paysages des préalpes bavaroises, Murnau, Kochel, Kochelsee, et développe un langage pictural de plus en plus affranchi de la représentation fidèle. L’art populaire bavarois, les peintures sous verre et les xylographies du Jugendstil fournissent des modèles où le contour sombre, la couleur plate et l’intensité expressive priment sur le modelé. Kochel, Cimetière et presbytère appartient à cette période où Kandinsky est encore figuratif, le motif reste reconnaissable, mais où les couleurs sont déjà en voie d’émancipation.
Le Lenbachhaus, gardien du Blaue Reiter
La Städtische Galerie im Lenbachhaus de Munich abrite la collection la plus complète au monde des oeuvres de Kandinsky et du groupe du Blaue Reiter, grâce à la donation faite par Gabriele Münter en 1957 à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire. Cette donation exceptionelle, des centaines d’oeuvres conservées en secret pendant la période nazie, a permis de reconstituer l’arc complet du développement de Kandinsky, de ses premières études de paysage jusqu’aux compositions abstraites de la maturité. Kochel, Cimetière et presbytère s’inscrit dans cet ensemble comme un témoignage du moment où la peinture moderne commence à se construire, un hiver, dans un petit village bavarois.
