
À retenir
L’Esquisse 2 pour la Composition VII est une étude préparatoire peinte en 1913 par Vassily Kandinsky (1866-1944), cofondateur du Blaue Reiter à Munich avec Franz Marc. Elle fait partie des au moins 21 dessins et aquarelles et six études à l’huile qui préparent la Composition VII. Cette toile finale a été exécutée du 25 au 28 novembre 1913 et est conservée à la galerie Tretiakov de Moscou. Kandinsky n’a donné le titre de « Composition » qu’à dix toiles ; la septième marque l’apogée de son œuvre avant la Première Guerre mondiale. Issue de l’expressionnisme du Blaue Reiter et tournée vers l’abstraction, l’esquisse repose sur des thèmes eschatologiques presque dissous dans la couleur. Elle appartient à la Städtische Galerie im Lenbachhaus de Munich.
Devant cette toile, ma première impression est celle d’une cacophonie : les couleurs se heurtent, les formes se chevauchent, et l’œil ne sait pas où se poser. Pourtant, rien n’est laissé au hasard. Vassily Kandinsky lui-même considérait la Composition VII comme une œuvre complexe, et il l’a préparée avec une rigueur étonnante : une vingtaine d’études, dessins, aquarelles et quelques esquisses sur toile comme celle-ci, déjà imposante avec ses 100 x 140 cm. Cette préparation lui a permis de peindre la version définitive en quelques jours seulement. Ce que l’on prend d’abord pour du désordre est donc une composition orchestrée, au sens musical du terme. Elle me fait penser au final d’une symphonie, ce moment où tous les instruments jouent ensemble : les violons s’envolent, les cymbales claquent et les trombones résonnent. Mais cette complexité ne se livre pas au premier regard. Il faut prendre le temps de contempler la toile, de laisser le regard naviguer d’un foyer de couleur à l’autre, pour voir apparaître des tensions, des échos, des respirations. C’est précisément ce que j’apprécie chez Kandinsky : une peinture qui ne s’impose pas, mais qui récompense celui qui accepte de s’y perdre un moment.
Voir : un cercle traversé de deux lignes
Regardez le centre de la toile, un peu à gauche. Un petit cercle concentrique rouge, vert et bleu s’y niche. Deux lignes le traversent. Autour, tout semble se battre. Le bleu se gonfle, le rouge s’écrase, le jaune fuse. Approchez-vous encore. La touche change sans cesse de nature. Ici, ce sont des hachures courtes et chargées de pâte. Là, un jus si fin que le grain de la toile affleure. Ailleurs, des traits noirs sont posés d’un geste vif. Kandinsky ne peint pas d’une seule voix. Chaque zone a sa densité, son timbre. En bas, pourtant, tout se calme. Un vide mat s’étale, presque muet.
Comprendre : l’ordre sous le chaos
Né à Moscou en 1866, Kandinsky abandonne le droit pour la peinture. En 1911, il fonde à Munich le Blaue Reiter avec Franz Marc. La même année paraît son essai Du spirituel dans l’art. Il réserve le titre de « Composition » à dix toiles seulement. La septième marque l’apogée de son œuvre avant la Première Guerre mondiale. Il la prépare avec au moins 21 dessins et aquarelles et six études à l’huile. Puis il peint la version finale, deux mètres sur trois, du 25 au 28 novembre 1913. Elle est conservée aujourd’hui à la galerie Tretiakov de Moscou. La notice du Lenbachhaus détaille ce chantier. Le paradoxe est là. Ce tumulte repose sur des thèmes eschatologiques précis. Le Jugement dernier et la Résurrection s’y dissolvent dans la couleur. Comparez avec la version moscovite. Le vide du bas y devient un tourbillon en entonnoir. Une barque surgit dans le coin inférieur gauche. L’esquisse hésite encore. La toile finale tranche.
Ressentir : se perdre pour mieux voir
Face à cette huile sur toile, deux réflexes s’affrontent. L’un veut tout déchiffrer, traquer l’ange, la barque. L’autre veut lâcher prise. Kandinsky puise dans l’Apocalypse, puis affirme que sa toile n’a pas de sujet. Laissez donc l’œil dériver. Suivez une ligne noire jusqu’à ce qu’elle se brise. Attardez-vous sur un bleu qui vibre contre un rouge. Le peintre nomme ses grandes toiles « Compositions », comme un musicien. Ici, la peinture devient durée plutôt qu’image. Le sens ne surgit pas d’un coup. Il se dépose, couche après couche.
Actualité : le Blaue Reiter relu au Lenbachhaus
Le Lenbachhaus, qui conserve l’Esquisse 2 pour la Composition VII, consacre actuellement une grande présentation au mouvement fondé par Kandinsky et Franz Marc : « Über die Welt hinaus. Der Blaue Reiter » (« Au-delà du monde. Le Cavalier bleu »), visible du 10 mars 2026 au 5 septembre 2027. Pour la première fois, l’accrochage met l’accent sur les artistes femmes du groupe, comme Gabriele Münter, Marianne von Werefkin, Elisabeth Epstein et Maria Franck-Marc, qui bénéficient de bien plus d’espace. Cette relecture se prolonge avec le projet international « Die Blauen Reiterinnen » : présenté à Munich, il démarre d’abord à Wiesbaden le 23 octobre 2026, passera ensuite par Brême puis Ascona en Suisse, avant d’être montré au Lenbachhaus un an plus tard. Côté Kandinsky, les amateurs peuvent aussi se rendre à Rome : du 15 septembre 2026 au 14 février 2027, le Palazzo Bonaparte réunit plus de soixante-dix chefs-d’œuvre prêtés par le Centre Pompidou.
Source : Lenbachhaus.
Une question pour vous
Devant cette esquisse, voyez-vous encore un tableau à déchiffrer, ou déjà une musique à écouter ?
À propos de cette œuvre
- Esquisse 2 pour la Composition VII
- Vassily Kandinsky
- 1913
- Huile sur toile
- 100 x 140 cm
- Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau, Munich
- https://www.lenbachhaus.de/en/digital/collection-online/detail/entwurf-2-zu-komposition-vii-30018582
