
Le Renoir impressionniste irradie dans cette toile. J’aime la richesse de sa palette, la précision presque tendre du visage, et le reste de la composition, saisi avec bonheur dans des touches plus libres. On prend le temps d’explorer ce tableau, silencieusement, comme pour ne pas déranger la jeune lectrice plongée dans sa lecture.
Tout y est suggéré avec élégance et vivacité : le bouquet ravissant posé non loin, le livre richement illustré qu’elle feuillette avec attention. En contemplant cette toile, on partage, l’espace d’un instant, ce moment de calme et de douceur simple. Ne dit-on pas d’ailleurs que Renoir est le peintre du bonheur ?
Voir
Un cil baissé. Un profil qui se penche vers la page. La lumière glisse sur le bord du chapeau de paille, s’accroche aux pavots orangés, aux marguerites blanches piquées dans la coiffe. Le visage, modelé avec soin, contraste avec l’arrière-plan presque abstrait : touches bleues, rouges, dorées, jetées sans souci de netteté. La main tient le livre avec légèreté. Le corsage rayé de blanc et de bleu ondule sous la touche du pinceau. À gauche, un bouquet explose de rose et de blanc, presque hors du cadre. Rien ne bouge, sinon la couleur.
Comprendre
En 1880, Auguste Renoir s’inscrit pleinement dans le mouvement impressionniste. Né en 1841 à Limoges, il devient membre fondateur du mouvement, aux côtés de Claude Monet et Camille Pissarro. Il peint les instants ordinaires : une lecture, un bouquet, une robe rayée de blanc et de bleu. La technique varie selon l’importance du sujet. Le visage reçoit une attention presque classique, sculpté par la lumière. Le fond, lui, se dissout en touches rapides, juxtaposées, vibrantes.
Ce contraste n’est pas un hasard. Il organise le regard, guide l’œil vers ce qui compte : la présence silencieuse de la jeune femme. Renoir, peintre de la vie moderne, saisit ici un moment domestique sans grandiloquence, presque volé. Le cartel du Städel Museum le souligne : le contact visuel devient impossible, la lecture absorbe tout l’espace pictural.
Ressentir
Le silence s’installe devant cette toile. On resterait là, à observer la jeune fille sans la déranger, comme si un mot suffisait à rompre l’instant. La couleur seule parle : le jaune du chapeau, le rose du bouquet, le blanc de la page. Le geste de lire, banal, devient ici presque sacré. Renoir ne raconte rien. Il capture une présence, une attention, une douceur suspendue dans le temps. On imagine le bruissement léger des pages tournées, rien de plus.
Une actualité Renoir en 2026
En 2026, le Musée d’Orsay consacre à Renoir une double exposition. « Renoir et l’amour » (17 mars au 19 juillet 2026) retrace ses vingt premières années de carrière, de 1865 à 1885, la décennie même de cette toile. L’occasion de replacer cette scène intime dans le contexte plus large de sa peinture de la vie moderne.
Source : Musée d’Orsay
Une question pour vous
💭 Pourquoi Renoir soigne-t-il ce visage comme un portrait classique, quand tout le reste cède à la touche impressionniste ?
À propos de cette œuvre
- Jeune fille lisant
- Auguste Renoir
- 1880
- Huile sur toile
- 57 x 47,5 cm
- Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
- https://sammlung.staedelmuseum.de/en/work/reading-girl





