
Berlin, 1927. Paul Fuhrmann vient de rompre avec le cercle Der Sturm. Avec le groupe « Die Abstrakten », il cherche une voie nouvelle entre abstraction radicale et figuration. Sur sa toile, un pont prend forme.
Entre architecture et théâtre
Observez ces piliers verticaux. Des bandes de rose, de bleu et de mauve structurent la composition comme un décor de scène. Des arches de pont les relient, dorées et courbes, traversées par des silhouettes stylisées. En bas, des zones vertes évoquent l’herbe ou le feuillage. Mais est-ce vraiment un extérieur ? La lumière oblique tombe comme celle de projecteurs. Les aplats de couleur, doux et pastel, renforcent cette artificialité. Paul Fuhrmann peint à l’huile sur toile avec une précision décorative étonnante. Chaque forme s’imbrique dans la suivante.
Un abstrait engagé
Ce « Motif de pont » naît dans un moment charnière. En 1926, le groupe Die Abstrakten exposent à la Große Berliner Kunstausstellung. Fuhrmann y défend une abstraction constructive qui conserve des éléments figuratifs. L’œuvre frappe par son élégance. Pourtant, en octobre 1927, le peintre adhère au Parti communiste. Quelques mois plus tard, il rejoint l’ASSO, l’Association des artistes visuels révolutionnaires. Le contraste est saisissant entre ces tons raffinés et l’engagement politique radical de leur auteur. Cette tension entre esthétique décorative et conviction militante rend l’œuvre fascinante.
Paul Fuhrmann
Paul Fuhrmann (1893-1952) est une figure méconnue de l’avant-garde berlinoise des années 1920. Formé dans le sillage de Der Sturm, il développe un style géométrique personnel, à mi-chemin entre cubisme et art décoratif. Cette toile en est l’expression la plus aboutie.
Une question pour vous
💭 Et vous, que voyez-vous en premier : un paysage urbain ou un décor de théâtre ?
À propos de cette œuvre
- Motif de pont (Brückenmotiv)
- Paul Fuhrmann
- 1927-1928
- Huile sur toile
- 111 × 85 cm
- Neue Nationalgalerie, Staatliche Museen zu Berlin
- https://recherche.smb.museum/detail/959949/br%C3%BCckenmotiv
Architecture et abstraction : le pont comme prétexte
Motif de pont est l’œuvre la plus connue de Paul Fuhrmann (1893-1952), peintre berlinois associé au groupe « Die Abstrakten » au tournant des années 1920-1930. La composition organise la surface en bandes verticales et horizontales rythmées : des piliers élancés encadrent des arches dorées qui s’ouvrent sur un espace indécis, tandis que des silhouettes stylisées de passants traversent la scène dans une lumière rose et mauve. Le pont n’est pas ici un motif pittoresque mais un prétexte constructif, une structure qui permet à Fuhrmann d’explorer la tension entre la rigueur géométrique héritée du constructivisme et la chaleur colorée qu’il partage avec les expressionnistes de sa génération.
Fuhrmann dans le Berlin des années 1920
Paul Fuhrmann peint Motif de pont dans un Berlin en pleine effervescence culturelle, quelques années avant que la montée du nationalisme ne mette fin à cette période d’intense créativité. Membre actif des milieux artistiques d’avant-garde de la ville, Fuhrmann adhère au Parti communiste peu après l’achèvement de ce tableau, un engagement politique qui sera décisif pour la suite de sa carrière, interrompue par les contraintes imposées au milieu artistique dès l’arrivée au pouvoir du régime national-socialiste en 1933. Motif de pont appartient ainsi à une période charnière, celle où la modernité berlinoise tente encore de concilier expérimentation formelle et engagement social.
La Neue Nationalgalerie et la peinture de la République de Weimar
La Neue Nationalgalerie de Berlin conserve une collection exceptionnelle consacrée à l’art moderne, avec une attention particulière portée aux courants de la République de Weimar, cette période 1919-1933 pendant laquelle Berlin devient l’un des foyers les plus actifs de la création européenne. Motif de pont y figure comme l’un des témoins de ce moment où peintres, architectes et graphistes berlinois cherchent ensemble un langage visuel à la hauteur des transformations de leur époque. La conservation de ce tableau dans une institution publique majeure atteste de la reconnaissance tardive mais durable de l’œuvre de Fuhrmann dans l’histoire de l’art allemand.
