
À retenir
Les Baigneurs est une huile sur toile peinte en 1912 par Roger de La Fresnaye, aujourd’hui conservée à la National Gallery of Art, à Washington. Elle appartient au cubisme, mouvement pictural né au début du XXe siècle, dont La Fresnaye développe une version personnelle, plus colorée et plus lisible que celle de Braque ou Picasso. Formé auprès de Maurice Denis et Paul Sérusier avant de rejoindre le groupe de Puteaux et la Section d’Or, l’artiste construit ici une scène de jardin estivale où les corps sont traités en plans géométriques. Mort prématurément en 1925 à l’âge de quarante ans, Roger de La Fresnaye laisse une œuvre restreinte mais reconnue comme l’une des voies singulières du cubisme.
C’est la première fois que je présente une œuvre de Roger de La Fresnaye sur Vmuseum. On le croise peu dans les collections et les expositions, mais il m’intéresse à plus d’un titre. D’abord parce qu’il fut l’élève de Maurice Denis et de Sérusier à l’académie Ranson, deux peintres que j’apprécie particulièrement. Ensuite parce qu’il mourut jeune, à quarante ans, laissant une œuvre assez restreinte en quantité : sa maladie contractée durant la Première Guerre mondiale l’a d’ailleurs éloigné de la peinture les dernières années de sa vie. Mais c’est surtout son cubisme personnel qui me touche : une touche vivante et colorée, mais plus douce et plus lisible que celle de Braque ou Picasso. Les Baigneurs en témoignent bien : nous sommes face à une scène estivale bon enfant, dans un jardin arboré près d’une maison dont on aperçoit à peine le pignon. Nuages et ciel, végétation et personnages, tout est traité dans ce cubisme structuré, mêlant formes rectangulaires et arrondies.
Une main effleure une chevelure blonde, à peine détachée du bras qui la retient. Ce contact minuscule concentre toute la toile. Autour, les couleurs se répondent : rose des peaux, rouge du short, vert cru de l’herbe. Vous entrez dans Les Baigneurs par ce geste-là, avant même de comprendre la scène entière.
Les Baigneurs
Regardez la construction. Les corps ne sont pas dessinés, ils sont bâtis. Chaque bras, chaque cuisse devient un plan, une facette taillée au couteau. Roger de La Fresnaye peint ce grand format en 1912. Le groupe de Puteaux et la Section d’Or bouillonnent alors autour de lui. Son cubisme garde pourtant les figures lisibles. Rien à voir avec l’éclatement radical de Braque ou Picasso. Un jardin, des baigneurs, une maison dont on devine le pignon : le sujet reste identifiable sous la géométrie. Huile sur toile de 162 par 130 centimètres, la composition impose sa présence physique. Elle appartient longtemps à la collection Nathan Cummings avant de rejoindre la National Gallery of Art, à Washington. Le motif du baigneur appartient lui-même à une longue tradition picturale. Cézanne et toute une génération de peintres l’avaient repris avant lui. Mais où est l’eau, ici ? Aucun bassin, aucune rivière ne se détache clairement dans la composition. La Fresnaye garde le titre d’une scène balnéaire pour une toile qui ressemble surtout à un repos de jardin. L’ombre et la lumière d’été suffisent à faire tenir l’illusion du bain.
Roger de La Fresnaye et son époque
Roger de La Fresnaye naît en 1885 au Mans, dans une famille aristocrate. Il étudie à l’académie Julian, puis à l’École des beaux-arts, avant de rejoindre l’académie Ranson en 1908. Là, Maurice Denis et Paul Sérusier lui transmettent l’héritage nabi. Vers 1911, il bascule vers le cubisme. Il rejoint le cercle de Puteaux, aux côtés de Gleizes, Metzinger et Villon. Il expose aussi au Salon d’Automne et aux Indépendants, comme beaucoup de cubistes de sa génération. La guerre brise cette trajectoire. Gravement affaibli, il peint de moins en moins. Il meurt à Grasse en 1925, à quarante ans. Roger de La Fresnaye laisse une place discrète mais singulière dans l’histoire du cubisme français.
Actualité
Fin août 2026, la National Gallery of Art a annoncé avoir enrichi sa collection d’environ 190 œuvres acquises depuis mars, couvrant plus de cinq siècles de création artistique. Parmi elles figurent le premier tableau de Ben Shahn à entrer dans la collection, une œuvre majeure de Wifredo Lam, ainsi que des pièces de l’impressionniste française Marie Bracquemond et de l’artiste contemporaine Christina Quarles. Pour la directrice du musée, Kaywin Feldman, ces nouvelles acquisitions offrent « de nouveaux points d’entrée dans les pratiques d’artistes reconnus comme moins connus ». Cette dynamique confirme le rôle actif de la National Gallery of Art, qui abrite notamment Les Baigneurs de Roger de La Fresnaye, dans l’enrichissement continu du patrimoine artistique accessible au public.
Source : National Gallery of Art
Une question pour vous
Que reste-t-il du modèle des Baigneuses de Cézanne dans cette scène de jardin peinte vingt ans plus tard ?
À propos de cette œuvre
- Les Baigneurs
- Roger de La Fresnaye
- 1912
- Huile sur toile
- 162 x 130 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/108617-bathers
