
À retenir
Les Trois Grâces est une esquisse peinte à l’huile sur toile par Charles-André Van Loo, dit Carle Van Loo, né à Nice en 1705 et mort à Paris en 1765. Elle date d’environ 1763. Premier peintre du roi sous Louis XV, l’artiste est une figure majeure du rococo français. Le tableau représente les Charites de la mythologie grecque, associées à la beauté, au charme et à la joie de vivre. Il se rattache au long travail de Van Loo sur ce sujet : une première version critiquée au Salon de 1763, puis une seconde, conservée au château de Chenonceau. L’esquisse a appartenu au chevalier de Damery, puis à la collection Ciechanowiecki. Elle est entrée au Los Angeles County Museum of Art en 2000.
Les Trois Grâces sont un sujet récurrent dans l’histoire de l’art depuis l’Antiquité. On en connaît de nombreuses représentations, comme celle de Cranach (The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City), celle de Raphaël (musée Condé, château de Chantilly), ou plus tard celles de Rubens et de Canova, et tant d’autres. Je m’interrogeais sur la symbolique de ces trois personnages, et j’ai découvert qu’il s’agit des Charités. Ce sont trois divinités mineures de la mythologie grecque, filles de Zeus et de l’océanide Eurynomé, liées à la beauté, au charme et à la joie de vivre : Aglaé (la splendeur), Euphrosyne (la joie) et Thalie (l’abondance). Sénèque, dans son traité Des bienfaits, y voit le cycle de la générosité : donner, recevoir et rendre. C’est pourquoi elles se tiennent par la main, car le bienfait passe de main en main pour revenir à celui qui l’a donné.
Le tableau du LACMA est une petite esquisse peinte à l’huile, à rapprocher de la grande toile du château de Chenonceau (250 × 204 cm). L’histoire de ce sujet chez Van Loo est d’ailleurs mouvementée. Une première version, Les Grâces enchaînées par l’Amour, présentée au Salon de 1763, fut sévèrement critiquée : Diderot trouvait ses Grâces bien trop lourdes. Le peintre remit alors l’ouvrage sur le métier pour le Salon de 1765, mais il mourut cette année-là, avant l’ouverture. C’est cette seconde version que l’on admire aujourd’hui à Chenonceau. Quoi qu’il en soit, je trouve la présente esquisse pleine de grâce, empreinte du style XVIIIe, et d’une grande légèreté : la touche est libre et rapide, et les carnations claires se détachent sur le paysage et le drapé de l’arbre. J’aime ce style enjoué, et cette version plus simple et plus spontanée que celle de Chenonceau, où l’on sent la main du peintre au travail.
Un fil de perles serre le bras de la Grâce de droite. Posez d’abord les yeux sur cette minuscule touche nacrée. Puis suivez la lumière. Elle glisse sur les épaules, rosit les genoux, se perd dans le linge blanc. Vous sentez presque la fraîcheur de l’ombre sous l’arbre.
La matière d’une esquisse des Trois Grâces
Approchez-vous. Sur les bords, la trame de la toile se devine encore. Ici, Carle Van Loo travaille vite, en couches minces. Les carnations naissent d’une pâte fluide, réchauffée de rose aux joues et aux articulations. Le linge blanc reçoit au contraire une pâte épaisse, posée en virgules nerveuses. Ces empâtements accrochent la lumière réelle de la pièce. Tendue entre les branches, la draperie bleu ardoise fait office de rideau de théâtre. Elle repousse les corps clairs vers vous. Une esquisse peinte sert à fixer l’équilibre des masses et des valeurs, pas le fini. Observez maintenant les mains. Les deux premières Grâces se les tiennent. La troisième pose la sienne sur une épaule voisine. La chaîne existe bien. Pourtant, les trois corps restent alignés, de face, comme sur une frise. La ronde de Sénèque devient une rangée.
Carle Van Loo, premier peintre du roi
Charles-André Van Loo, dit Carle Van Loo, naît à Nice en 1705 et meurt à Paris en 1765. Il porte le titre de premier peintre du roi sous Louis XV. Ses Grâces se situent donc au cœur du goût rococo officiel. L’esquisse appartient au chevalier de Damery dès 1769. Elle passe ensuite dans la collection d’Andrew Ciechanowiecki, à Londres. Elle entre au LACMA en 2000, grâce à la Fondation Ahmanson.
Actualité : l’automne au LACMA
Le musée qui conserve Les Trois Grâces propose cet automne une programmation riche. Côté arts graphiques, l’exposition Danse Macabre: Death in Print from Dürer to Dix explore jusqu’au 6 décembre 2026 le thème de la danse des morts. Cette allégorie de la fragilité de la vie, figurée par des squelettes dansants, s’est diffusée par la gravure sur bois dès le XIVe siècle. Elle est présentée au même niveau que Pablo Picasso-Portraits in Disguise, visible aux mêmes dates. Le 18 octobre ouvre The Brockman Gallery: Los Angeles, 1967-1990, première grande exposition consacrée aux frères Alonzo et Dale Brockman Davis et à leur galerie historique de South L.A., avec plus de 60 œuvres et de nombreuses archives. Le design est aussi à l’honneur : deux expositions explorent le design comme moteur de transformation sociale, politique et économique de la vie domestique moderne, dont Home of the Future, 1925–1985, au Resnick Pavilion jusqu’au 14 mars 2027.
Source : LACMA.
Une question pour vous
Depuis l’Antiquité, les Grâces se tiennent la main. Quel geste choisiriez-vous aujourd’hui pour dire la générosité ?
À propos de cette œuvre
- Les Trois Grâces
- Charles-André Van Loo
- vers 1763
- Huile sur toile
- 58,42 × 46,04 cm
- Los Angeles County Museum of Art (LACMA)
- https://collections.lacma.org/object/103861
