
À retenir
Automne est une huile sur toile peinte en 1913 par Rik Wouters (1882-1916), figure du fauvisme brabançon. Le tableau montre une jeune femme placée dehors derrière une fenêtre ouverte, devant un paysage automnal. Une nature morte de pommes et une plante en pot occupent le rebord au premier plan. Peinte la même année que Les Rideaux rouges, la toile appartient aux années heureuses, avant la guerre et la mort de l’artiste à 33 ans. Offerte par le neurologue Ludo van Bogaert, elle est conservée au KMSKA, Musée royal des beaux-arts d’Anvers.
J’avoue que je ne connaissais pas Rik Wouters. Je l’ai découvert en parcourant les collections du KMSKA, et cette toile m’a tout de suite attiré. Wouters est un peintre moderne belge dont la carrière fut très courte : né en 1882, il meurt en 1916, à 33 ans, emporté par la maladie après les épreuves de la Grande Guerre. En une dizaine d’années seulement, il a pourtant laissé une œuvre de peintre, de sculpteur et de dessinateur. Sa peinture est ici très colorée, proche des fauves, et on le rattachera plus tard au « fauvisme brabançon ». Dans Automne, on sent les couleurs chaudes et rouges de la saison, et le sujet multiplie les références à l’automne : les feuillages, la nature morte, la fenêtre ouverte sur le jardin. Ce qui me frappe, c’est la touche : rapide, libre, qui laisse parfois respirer la toile, comme si le peintre avait voulu saisir l’instant plutôt que le figer. C’est une toile vive, et la présence du personnage lui apporte une humanité certaine. On y retrouve ce que Wouters fait de mieux : trouver l’extraordinaire dans le quotidien d’une maison, d’un intérieur, d’une journée ordinaire. Peinte la même année que Les Rideaux rouges, elle appartient à cette période heureuse de 1913, juste avant que la guerre et la maladie ne bouleversent sa vie.
Vous êtes devant un reflet. À gauche, dans le battant vitré, flottent une tache jaune et une tache bleue. C’est la veste de la jeune femme, renvoyée par le verre. Approchez-vous. Tout le tableau tient déjà dans ce double discret.
Ce que Automne nous dit
Sentez d’abord la chaleur. Les feuillages brûlent en orange, en ocre, en rouge brique. Les toits du village répondent en vermillon. Sur le rebord, la nature morte arrondit ses pommes dans une coupe bleue. La jeune femme se tient dehors, de l’autre côté de la fenêtre. Sa veste jaune et son écharpe bleue captent la lumière du jour. Regardez maintenant les rideaux fleuris. Wouters y pose la couleur en frottis si maigres que la trame de la toile affleure. Ces réserves font respirer la surface. Les pommes, elles, reçoivent une pâte plus dense, presque modelée.
Ce que l’époque de Rik Wouters nous dit
Nous sommes en 1913, vraisemblablement dans la maison du couple à Boitsfort. Derrière la jeune femme s’étend ce paysage familier : collines, clôtures, maisons basses. La même année, Rik Wouters peint Les Rideaux rouges. On y retrouve la fenêtre ouverte, les rideaux, sa femme au centre. Le point de vue, lui, s’inverse. Là-bas, sa femme est dans la maison. Ici, la jeune femme est dehors et regarde vers l’intérieur. Ses contemporains rapprochent Wouters d’Ensor, puis de Cézanne. La coupe de pommes en garde l’écho. Le titre annonce la saison du déclin. Rien, sur cette toile, ne décline.
Né à Malines, Rik Wouters vient de la sculpture avant de s’imposer comme coloriste. Figure du fauvisme brabançon, il mène de front peinture, dessin et modelage. Le tableau entre au KMSKA grâce au don du neurologue Ludo van Bogaert.
Wouters au KMSKA en 2026
L’année 2026 a été riche pour les amateurs de Rik Wouters. Au printemps et durant l’été, le KMSKA a présenté Un rouge qui chante. Chefs-d’œuvre d’Ensor, Wouters et Schmalzigaug, une exposition consacrée aux grands coloristes belges, close le 30 août 2026. Elle a permis de découvrir Les Rideaux rouges, montré pour la première fois dans les salles du musée depuis que le Gouvernement flamand en a fait l’acquisition en 2025. Peinte la même année qu’Automne, cette toile met en scène Nel, l’épouse et muse de l’artiste, vêtue de sa célèbre robe à rayures rouges et blanches dans leur maison de Boitsfort. Source : KMSKA.
Nel était déjà au cœur d’une autre exposition récente : le Musée Hof van Busleyden de Malines lui a rendu hommage non seulement comme modèle et muse, mais aussi comme gestionnaire de la carrière du peintre et gardienne de son héritage après sa mort (d’octobre 2025 à avril 2026). Côté programmation, le KMSKA poursuit sur sa lancée cet automne avec une exposition individuelle consacrée au sculpteur belge Philip Aguirre y Otegui, du 3 octobre 2026 au 17 janvier 2027. Le musée prépare également 2027 : la restauration de L’Adoration des Mages de Rubens, menée avec l’Université d’Anvers, devrait s’achever pour l’Année Rubens célébrant le 450e anniversaire du maître. Source KMSKA.
Une question pour vous
Les fauves ont libéré la couleur de la description. Dans ce paysage d’automne aux toits vermillon, où s’arrête ce que Wouters a vu et où commence ce qu’il a ressenti ?
À propos de cette œuvre
- Automne
- Rik Wouters
- 1913
- Huile sur toile
- 135 × 140 cm
- KMSKA, Musée royal des beaux-arts d’Anvers
- https://kmska.be/fr/chefdoeuvre/automne-2
