
À retenir
Croix et colonnes est une aquarelle réalisée par Paul Klee en 1931, sur papier d’impression cuivré, conservée à la Pinakothek der Moderne de Munich. Klee y applique la couleur par petites touches régulières, une méthode proche du pointillisme qui transforme la feuille en mosaïque vibrante, sur laquelle il esquisse au fusain des colonnes et des croix stylisées. L’œuvre date de l’année où l’artiste quitte le Bauhaus de Dessau pour l’Académie de Düsseldorf. Peintre suisse-allemand associé au Bauhaus sans jamais s’y limiter, Paul Klee développe un langage pictural situé entre abstraction et figuration. L’aquarelle entre dans les collections publiques bavaroises en 1951, après avoir appartenu à la collectionneuse Ida Bienert.
Je reviens à Paul Klee aujourd’hui à travers cette œuvre sur papier. J’aime cette limite floue entre abstraction et figuration qui la traverse, et le travail de la couleur, aussi bien sur le fond que dans ces touches juxtaposées qui viennent compléter le dessin. Les colonnes et les croix sont à peine esquissées, ces dernières évoquant presque des personnages stylisés, comme des silhouettes qui se seraient glissées dans la composition. On est loin de la palette d’Architecture de la plaine, du même Klee : ici, la couleur est plus retenue, presque en sourdine. J’aime ce travail simplifié et poétique, qui se laisse regarder sans se presser, et qui permet à l’œil de naviguer de point en point, comme on suivrait une partition.
Voir Croix et colonnes
Un carré violet est posé net au centre d’une colonne beige. Autour, des milliers de touches carrées, orange, bleues, rouges, ocres, recouvrent toute la feuille comme un tissage serré. Le grain du papier accentue encore ce côté textile. La lumière ne vient pas d’un seul point. Elle circule, case après case, comme si chaque touche portait sa propre source. Deux croix noires, tracées d’un trait rapide, flottent au-dessus de cette trame dense. Plus bas, une large barre orange traverse la composition d’un geste franc, presque brutal. L’œil cherche un point de départ. Il n’en trouve pas vraiment, et c’est peut-être là tout l’intérêt de cette aquarelle.
Comprendre Paul Klee
En 1931, Paul Klee quitte le Bauhaus de Dessau. Il rejoint l’Académie de Düsseldorf, en quête d’un peu plus de temps pour peindre. Cette aquarelle appartient à cette année charnière. Klee travaille sur papier d’impression cuivré, un support texturé qui accroche la couleur par petites touches régulières. Cette méthode, proche du pointillisme, transforme la feuille en mosaïque vibrante. Klee explore cette technique avec constance à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Il mène en parallèle des recherches plus géométriques au Bauhaus. Sur cette trame de couleurs, il esquisse au fusain des colonnes et des croix, formes simples, presque enfantines. Les croix, à y regarder de près, ressemblent aussi à des silhouettes stylisées, bras écartés comme de petits personnages. L’architecture et la figure humaine s’y confondent sans jamais se résoudre l’une dans l’autre. Paul Klee, peintre suisse-allemand né en 1879, reste associé au Bauhaus sans jamais s’y laisser enfermer. Il n’est ni tout à fait abstrait, ni tout à fait figuratif. L’œuvre entre en 1951 dans les collections de la Bayerische Staatsgemäldesammlungen, après avoir appartenu à la collectionneuse Ida Bienert.
Ressentir
Face à cette aquarelle, l’œil ne se pose jamais longtemps. Il saute d’une case colorée à l’autre, d’une croix à une colonne, sans jamais s’arrêter vraiment. Rien n’impose de hiérarchie entre les formes, ni de récit à suivre. Deux ans plus tard, le régime nazi qualifiera le travail de Paul Klee de dégénéré. Il le chassera de son poste à Düsseldorf. Rien, ici, ne l’annonce encore. La couleur reste légère, presque enjouée, presque insouciante. Regardez comme elle résiste, par avance, au silence qui va suivre. Aujourd’hui encore, ce carnet de couleurs semble protégé du temps qui l’entoure.
Actualité de la Pinakothek der Moderne
La Pinakothek der Moderne de Munich a entamé en 2026 un vaste réaccrochage de ses salles permanentes, mené par étapes (« Mix & Match. Die Sammlung neu entdecken »), qui redistribue les œuvres de la collection jusqu’à la fin de l’année. Le musée présente en parallèle une nouvelle exposition collective, « Between and Beyond – Interspaces and Transitions in Art since 1960 » (depuis le 3 juillet 2026). Dans ce mouvement de rotation, l’aquarelle « Croix et colonnes » de Paul Klee n’est pas actuellement visible en salle ; elle fait partie du riche fonds conservé par le musée et pourrait réapparaître lors d’un futur accrochage. Le catalogue en ligne de la Pinakothek reste la référence pour suivre sa disponibilité.
Source : Pinakothek der Moderne, Munich
Une question pour vous
Vous, devant cette grille de couleurs, cherchez-vous d’abord une architecture, ou une trace du peintre qui l’a fragmentée ?
À propos de cette œuvre
- Croix et colonnes
- Paul Klee (1879-1940)
- 1931
- Aquarelle sur papier d’impression cuivré
- 38 x 53 cm
- Pinakothek der Moderne, Munich
- https://www.sammlung.pinakothek.de/de/artwork/8MLvgkdGz3/paul-klee/kreuze-und-saeulen
