Figure majeure de l’art moderne du XXe siècle, Paul Klee (1879-1940) a inventé un langage pictural sans équivalent, à la frontière de l’abstraction et de la figuration. Chez lui, la ligne, la couleur et le signe se répondent comme les voix d’une partition, pour rendre visible un monde intérieur fait de rêve, de nature et de poésie. Cette page rassemble les analyses détaillées de ses tableaux ; pour retracer sa vie et son parcours, du Blaue Reiter au Bauhaus, consultez la biographie complète de Paul Klee.
La signature de Klee tient dans la liberté de sa ligne. « Prendre une ligne pour une promenade » : cette formule résume sa manière de laisser le trait s’aventurer, dessiner une figure, un signe ou une architecture imaginaire, sans jamais copier le réel. À cette ligne graphique répond la couleur, qu’il travaille en plans, en transparences et en dégradés. Klee ne cherche pas à reproduire le monde visible : selon sa formule célèbre, l’art « ne reproduit pas le visible, il rend visible ».
En 1914, un voyage en Tunisie bouleverse sa peinture. Face à la lumière du Sud, Klee note dans son journal que la couleur le possède désormais tout entier : « je suis peintre ». De cette révélation naît une œuvre où les teintes s’organisent en damiers, en bandes et en harmonies rythmées, comme dans Fleurs célestes au-dessus de la maison jaune (1917), petite cosmogonie où les formes semblent flotter dans un ciel coloré. La couleur devient chez lui une matière autonome, qu’il ne cessera plus d’explorer et de théoriser.
Certains motifs traversent toute l’œuvre de Klee : les jardins et les plantes, les astres et les paysages rêvés, les architectures imaginaires. Fils et époux de musiciens, violoniste lui-même, il pense la peinture en termes de rythme et de polyphonie, superposant les plans de couleur comme autant de voix simultanées. La Pleine Lune (1919) réunit ces deux versants : un motif simple, l’astre dans un ciel nocturne, devient prétexte à un accord de couleurs sourdes et vibrantes, à mi-chemin du paysage et de la partition.
Proche du Blaue Reiter de Kandinsky et de Marc, puis maître au Bauhaus où il enseigne la théorie de la forme et de la couleur, Klee occupe une place centrale dans l’aventure de l’art moderne, et ses recherches nourriront des générations de peintres. Persécuté par le régime nazi, qui range son travail parmi l’« art dégénéré », il connaît une dernière période d’une intensité saisissante : la ligne s’épaissit, les signes deviennent graves, comme dans Alea jacta (1940), peint l’année de sa mort. Le titre, « le sort en est jeté », résume l’ultime liberté d’un artiste qui aura fait de chaque tableau une aventure.