
C’est avant tout de la poésie que je ressens face à cette œuvre. La douceur des couleurs, l’envolée de ces fleurs célestes, les maisons stylisées qui semblent flotter dans la composition : tout invite à l’émerveillement et à une véritable promenade onirique. J’aime profondément la peinture de Klee, si singulière par rapport à celle de ses contemporains, souvent à la lisière de l’abstraction, mais toujours colorée avec une tendresse et une variété qui lui sont propres.
C’est une œuvre qui se médite plus qu’elle ne se regarde, et qui se révèle peu à peu, à mesure qu’on prend le temps de s’y attarder. J’ai d’ailleurs hâte de retourner à Berlin visiter le musée Berggruen, qui était malheureusement fermé lors de mon dernier voyage, au sortir de la pandémie.
Voir
Un trait noir, presque caché, signe la façade jaune. C’est l’initiale de Klee, glissée dans l’architecture comme un secret. Autour, les couleurs s’empilent en losanges sourds : vert tendre, ocre brûlé, bleu nuit. Trois tiges montent vers le ciel, terminées par des fleurs aux pétales pointus. Le cadre, fait de triangles sombres, encercle la scène comme une fenêtre vers un monde suspendu.
Comprendre
Klee peint cette aquarelle en 1917, en pleine Première Guerre mondiale. Il sert alors comme payeur militaire à l’école de pilotage de Gersthofen, loin du front. Rien dans cette œuvre ne montre le conflit. Avant guerre, Klee dessinait des figures grotesques, allongées et ironiques. Son voyage en Tunisie en 1914 transforme son rapport à la couleur. Les triangles du pignon répètent ceux du cadre, dirigés vers le sol et vers le ciel. Cette double direction trace tout le programme de Klee : faire dialoguer le terrestre et le cosmique. La fleur touche le ciel, la maison reste ancrée au sol. Le fond crayeux laisse transparaître la lumière de l’aquarelle, donnant à la scène une clarté presque irréelle. Klee travaille ici à la frontière de l’expressionnisme et d’une abstraction naissante.
Ressentir
Regardez ces fleurs qui dépassent les toits. Elles ne poussent pas, elles s’élèvent. Le vert tendre de la rotonde apaise l’œil avant qu’il ne grimpe vers le bleu sombre des tiges. Rien ne presse ici. Klee invite à ralentir, à laisser le regard flotter entre les plans colorés, sans jamais se fixer longtemps sur un seul motif. La guerre gronde ailleurs ; sur ce carton de 23 centimètres, le monde reste habitable.
Actualité : Klee à l’honneur outre-Atlantique
L’intérêt pour l’œuvre de Paul Klee connaît un nouvel élan international. Jusqu’au 26 juillet 2026, le Jewish Museum de New York présente Paul Klee: Other Possible Worlds, première exposition muséale américaine consacrée à la dernière décennie créatrice de l’artiste, organisée pour éclairer sa perspective sociopolitique et son engagement pour la liberté artistique face à la montée du fascisme. Réunissant une centaine de peintures et dessins, dont l’iconique Angelus Novus (1920), surnommé « l’ange de l’Histoire » par le philosophe Walter Benjamin, cette rétrospective a été organisée par le Jewish Museum en collaboration avec le Zentrum Paul Klee et le Kunstmuseum de Berne, les deux institutions de référence pour l’œuvre du peintre. Elle confirme, plusieurs décennies après sa mort en 1940, la place centrale qu’occupe Klee dans l’histoire de l’art moderne et l’attention constante que continuent de porter les grandes institutions muséales à des œuvres comme Fleurs célestes au-dessus de la maison jaune, conservée au Museum Berggruen de Berlin.
Source : https://thejewishmuseum.org/exhibitions/paul-klee-other-possible-worlds/
Une question pour vous
💭 Cette aquarelle annonce-t-elle déjà l’abstraction géométrique que Klee développera au Bauhaus, quelques années plus tard ?
À propos de cette œuvre
- Fleurs célestes au-dessus de la maison jaune (La Maison élue)
- Paul Klee
- 1917
- Aquarelle et gouache sur lin apprêté sur papier, bordée d’aquarelle, marouflée sur carton
- 23 x 15 cm
- Museum Berggruen, Berlin
- https://recherche.smb.museum/detail/965924/himmelsbl%C3%BCten-%C3%BCber-dem-gelben-haus-das-auserw%C3%A4hlte-haus






