
À retenir
Le Christ et la femme adultère est une huile sur toile peinte vers 1670 par Jacob Jordaens, figure majeure du baroque flamand aux côtés de Rubens et Van Dyck. Conservée au Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK), l’œuvre provient de l’Abbaye Saint-Pierre de Gand et illustre un épisode de l’Évangile de Jean où le Christ refuse de condamner une femme accusée d’adultère. Réalisée en grande partie par l’atelier de Jordaens, avec une intervention directe du maître sur certaines figures, elle témoigne de l’organisation de la production picturale anversoise après 1640, quand les commandes adressées à Jordaens se multiplient à la suite de la mort de Rubens. Jordaens a traité ce même sujet religieux à plusieurs reprises au cours de sa carrière.
Une scène classique de la peinture proposée ici par Jordaens. C’est vraisemblablement un travail d’atelier auquel il a participé en réalisant quelques parties de sa main, une pratique courante chez lui après la mort de Rubens, quand les commandes affluaient. Ce qui me marque ici, c’est la gamme de couleurs restreinte, foncée, tournant autour du marron et de l’ocre, caractéristique de sa production des années 1660-1670. Une autre chose me frappe aussi, c’est la représentation des visages des personnages, parfois à la limite du grotesque, exprimant les sentiments de l’assemblée face à la femme adultère. Elle semble d’ailleurs être la seule femme, comme si les hommes seuls étaient concernés par la morale de l’histoire. Je note aussi l’expression d’étonnement qui émane de nombreux personnages, frappés qu’ils sont par le message nouveau du Christ face à la faute. L’œuvre impose par l’intensité de ses expressions et par le resserrement de la palette autour de tons sourds.
Regardez d’abord ce poignet. Une main d’homme, calleuse, enserre fermement le bras d’une femme au centre de la toile. Autour d’elle, une douzaine de visages se pressent : vieillards édentés, enfants aux joues rondes, un homme torse nu penché sur un panier. Personne ne la regarde en face.
Le Christ et la femme adultère
Jordaens installe la scène dans le Temple de Jérusalem, entre un chandelier à sept branches et une tête de taureau sacrificielle sculptée. À droite, le Christ, drapé de rouge s’adresse à l’assemblée. Aucune pierre ne vole encore, le panier reste fermé. La composition vient probablement, pour une bonne part, de l’atelier de Jordaens : le peintre dessine, ses collaborateurs transposent sur toile, il reprend ensuite certaines têtes de sa main, celles des figures situées au premier plan. Le tableau provient de l’Abbaye Saint-Pierre de Gand. La palette reste sombre, brune, ocrée, la touche plus lâche, signature de sa manière après 1660. Le Christ ne juge pas, dit l’Évangile de Jean. Les visages autour de lui, si, avec insistance : la scène montre un pardon que personne, à part le Christ, ne semble encore comprendre.
Jacob Jordaens et son époque
Après la mort de Rubens en 1640, Jacob Jordaens devient la référence du baroque anversois. Les commandes affluent, l’atelier grossit, la production se standardise. Jordaens peint plusieurs versions du Christ et la femme adultère au fil de sa carrière : une autre toile sur ce thème est conservée au Louvre, une autre au KMSKA d’Anvers. Même sujet, même tension entre loi mosaïque et pardon chrétien, mais revisitée à chaque fois avec les moyens d’un atelier prospère plutôt que d’une main solitaire.
Actualité au Musée des Beaux-Arts de Gand
Le Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK) accueille jusqu’au 31 décembre 2026 une exposition dédiée au célèbre polyptyque de l’Agneau mystique de Van Eyck, conservé à quelques pas de là, à la cathédrale Saint-Bavon. À partir du 10 octobre 2026, le MSK ouvrira une rétrospective consacrée à Jenny Montigny, figure de l’impressionnisme gantois, offrant l’occasion de redécouvrir la richesse de ses collections au-delà des maîtres anciens comme Jordaens.
Source : Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK)
Une question pour vous
Si vous deviez isoler un seul visage peint de la main de Jordaens lui-même, lequel choisiriez-vous dans cette foule ?
À propos de cette œuvre
- Le Christ et la femme adultère
- Jacob Jordaens
- vers 1670
- Huile sur toile
- 177,5 x 243 cm
- Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK)
- https://www.mskgent.be/fr/collection/s-6
