
C’est une vision bucolique de la campagne romaine que je vous propose aujourd’hui sur VMuseum. La lumière y est chaude et dorée, typique de ce traitement atmosphérique qui valut à Van Bloemen son surnom d’Orizzonte, « l’horizon » en italien. Quelques personnages en conversation animent la scène sans jamais la dominer : ils sont prétexte à l’espace, pas à l’anecdote. La végétation généreuse, les collines lointaines et les constructions à peine esquissées à l’horizon composent ce sentiment d’immensité tranquille si caractéristique de l’artiste. Ce qui me touche particulièrement ici, c’est la technique de l’huile sur papier marouflé sur toile, un format inhabituel qui confère à l’œuvre une légèreté presque esquissée, comme si Van Bloemen avait saisi une impression sur le vif avant de la fixer pour l’éternité. Une invitation au voyage et à la contemplation, tout ce que j’aime dans les paysages de cet artiste.
Ce que vous voyez en premier, c’est ce pin parasol. Immense. Il occupe toute la hauteur de la toile, tronc roux contre le ciel blond. Sous ses branches, l’air est presque chaud. Vous le sentez presque.
Ce que cache la surface
Regardez à nouveau. La femme au corsage bleu se retourne vers les deux autres, assises sur le talus. Elle tend le bras. Vers quoi ? Vers qui ? Van Bloemen ne répond pas. Ce geste suspendu, c’est toute la tension du tableau. L’huile est posée sur papier marouflé sur toile, un support rare, qui donne à la touche une vibration presque sèche. La lumière ne caresse pas : elle frappe les feuillages par éclats jaune-vert, creuse l’ombre sous les arbres, puis s’échappe vers les collines couleur de poussière. Jan Frans van Bloemen, travaille par plans superposés. Chaque couche respire. Au loin, des ruines et un cours d’eau gris-bleu. La campagna romana du baroque tardif : arcadienne, jamais tout à fait réelle.
L’artiste et son époque
Flamand d’Anvers, né en 1662, Van Bloemen arrive à Rome vers 1689. Il n’en repart jamais. Ses contemporains lui donnent le surnom d’Orizzonte, « l’horizon », pour sa maîtrise des lointains atmosphériques. Il peint pour la noblesse romaine, dans la tradition de Claude Lorrain et Gaspard Dughet. Peintre baroque, admiré, jamais académicien.
Le LACMA entre dans une nouvelle ère
À l’issue de deux décennies de transformation, le LACMA a inauguré le 19 avril 2026 ses nouvelles David Geffen Galleries, conçues par Peter Zumthor. Plus de 10 000 m², un seul niveau, sans hiérarchie de médium ni de période. C’est dans ce musée renouvelé que cette Vue de la campagne romaine est aujourd’hui conservée.
Source : lacma.org
Une question pour vous
💭 Un Flamand passe sa vie entière à Rome pour peindre l’Italie mieux que les Italiens. Est-ce qu’on voit toujours mieux ce qu’on a choisi que ce qu’on a reçu ?
À propos de cette œuvre
- L’une des deux vues de la campagne romaine avec des personnages en conversation
- Jan Frans van Bloemen (dit Orizzonte)
- vers 1725
- Huile sur papier marouflé sur toile
- 34,29 × 24,77 cm
- Los Angeles County Museum of Art (LACMA)
- collections.lacma.org/object/140690






