
À retenir
Peinte vers 1890 par Paul Gauguin (1848-1903), Coupe de fruits sur une chaise de jardin est une nature morte à l’huile de petit format, conservée au Los Angeles County Museum of Art (LACMA). Elle date de la période où l’artiste, actif entre Paris et la Bretagne, développe le synthétisme, un langage de formes simplifiées et cernées qui s’éloigne de l’impressionnisme. Ses touches obliques et son plan basculé rappellent l’art de Paul Cézanne, que Gauguin admirait et collectionnait. Offerte au musée en 1954 par l’actrice Merle Oberon, la toile est présentée dans l’exposition Collecting Impressionism at LACMA jusqu’au 3 janvier 2027.
C’est une simple nature morte que nous offre Paul Gauguin sur cette toile de petit format, à peine 28 × 36 cm. Mon œil a été attiré par elle en parcourant les collections en ligne du LACMA. Ce qui me retient d’abord, ce sont ses couleurs vives : le bleu de la coupe contre les rouges, les violets et les orangés des fruits, et cette pomme verte posée à part. J’aime aussi son cadrage resserré et ce titre qui nous emmène au jardin, sur une chaise transformée en table d’un instant. On est en pleine saison des pommes et cette toile prend tout son sens. Mais derrière la simplicité du sujet, c’est tout le travail de Gauguin sur la couleur qui se lit ici. Vers 1890, on a déjà dépassé l’impressionnisme : les formes sont simplifiées, cernées, et le peintre joue sur une tension entre le volume des fruits et la tentation de l’aplat. Difficile de ne pas penser à Paul Cézanne. Gauguin possédait sa Nature morte au compotier, un tableau qu’il chérissait au point d’écrire qu’il donnerait sa dernière chemise plutôt que de s’en séparer. Cette petite coupe de fruits me semble porter un peu de cette admiration
Coupe de fruits sur une chaise de jardin
Un point vermillon. Au creux de la grosse pomme violette, une touche rouge brûle comme une braise. Approchez-vous. La peau du fruit n’est pas lisse. Elle se hérisse de hachures parallèles, posées en biais. Autour, la coupe bleue enserre les fruits d’un trait sombre. Le dossier se dresse à gauche, en barreaux bleu pâle. En haut à droite, la signature « P Go » flotte sur un fond d’ocre et de vert-de-gris. Sur les bords, le grain de la toile affleure encore.
Comprendre Paul Gauguin
Vers 1890, Paul Gauguin vit entre Paris et la Bretagne. Depuis 1886, à Pont-Aven, il est au cœur d’un groupe d’artistes voués au synthétisme, qui réduit les sensations à l’essentiel. Observez pourtant la facture des fruits. Ces touches courtes et obliques rappellent la « touche constructive » de Cézanne. Gauguin, alors agent de change, avait acquis vers 1880 plusieurs toiles du maître d’Aix. La National Gallery de Londres conserve une autre nature morte de Gauguin, probablement de 1890. Ses coups de brosse diagonaux tronqués et sa perspective écrasée y évoquent directement Cézanne. Ici, le procédé est le même. Le siège bascule vers nous. On voit la coupe d’en haut et le dossier de face. Deux points de vue cohabitent sur 36 centimètres. Gauguin y ajoute son propre geste : un cerne bleu qui enferme chaque forme comme un plomb de vitrail.
Ressentir
Posez la main sur cette pomme verte, seule hors de la coupe. Elle paraît fraîche, lourde, à peine cueillie. Le bleu de la coupe refroidit l’ensemble. Les rouges, eux, réchauffent. On sent l’automne : l’air vif, la lumière basse, le poids du fruit dans la paume. Le titre promet un jardin. La toile n’en montre pas une feuille. Seule la chaise garde la mémoire du dehors.
Actualité : à voir au LACMA jusqu’en janvier 2027
Coupe de fruits sur une chaise de jardin est actuellement présentée dans l’exposition Collecting Impressionism at LACMA, au Resnick Pavilion, du 21 décembre 2025 au 3 janvier 2027. Le parcours raconte comment le musée a constitué sa collection impressionniste : des premières acquisitions d’impressionnisme américain et californien aux dons de grands collectionneurs hollywoodiens, l’art y apparaît comme un outil de légitimation culturelle qui a accompagné la croissance de l’institution et de la ville. Le tableau de Gauguin, offert en 1954 par l’actrice Merle Oberon, en est une parfaite illustration. L’exposition met aussi en avant des acquisitions récentes, dont Le Jardin de l’artiste à Vétheuil (1881) de Monet et La Diligence de Tarascon (1888), premier tableau de Van Gogh entré dans les collections du musée. Elle est placée sous le commissariat de Leah Lehmbeck, avec David Bardeen. Une visite qui s’inscrit dans une année historique pour LACMA : le 19 avril 2026, le musée a inauguré les David Geffen Galleries, conçues par Peter Zumthor, où les œuvres sont présentées sur un seul niveau, sans hiérarchie entre cultures et époques. Avec ce bâtiment, LACMA dispose désormais d’environ 20 400 m² de galeries, contre 12 100 m² en 2007.
Source : LACMA.
Une question pour vous
En 1954, une star d’Hollywood offre ce petit Gauguin à un musée encore jeune. Pourquoi un collectionneur donne-t-il un tableau plutôt que de le garder ou le vendre ?
À propos de cette œuvre
- Coupe de fruits sur une chaise de jardin
- Paul Gauguin
- vers 1890
- Huile sur toile
- 28,58 × 35,56 cm
- Los Angeles County Museum of Art (LACMA)
- https://collections.lacma.org/object/17338
