À retenir
Jeune fille à la fenêtre occupe une place particulière dans le travail de Mary Cassatt, peintre américaine installée à Paris et seule femme invitée par Edgar Degas à exposer avec les impressionnistes à partir de 1879. Réalisée vers 1883-1884, la toile montre une jeune femme assise sur un balcon parisien, un chien sur les genoux, dans une composition qui associe portrait et scène de genre. Longtemps exposée sous d’autres titres, dont Susan on a Balcony Holding a Dog, elle illustre l’attention portée par Cassatt aux détails du quotidien féminin de son époque. Conservée à la National Gallery of Art, à Washington, elle provient de l’ancienne collection de la Corcoran Gallery of Art, transférée à l’institution en 2014.
Une femme impressionniste, c’est déjà rare, mais une américaine impressionniste, ça l’est encore plus. Je trouve ce tableau bien dans la verve de ce mouvement artistique : il est fait à la lumière naturelle, pris sur le vif, avec la fenêtre ouverte et la vue sur les toits de Paris qui se devine en arrière-plan, dans des tons plus sourds que la scène principale. C’est une jeune fille perdue dans ses pensées que Mary Cassatt nous présente ici, dans une tenue typique de cette époque, un chien sur les genoux, ce genre de détail du quotidien que les impressionnistes aimaient saisir plutôt que les grandes scènes historiques ou mythologiques encore en vogue au Salon officiel. Ce qui me frappe à chaque fois que je regarde cette toile, c’est la légèreté du coup de pinceau : les tissus légers de la robe et du voilage captent la lumière avec une matière presque tremblée, faite de petites touches juxtaposées plutôt que de contours nets. Le regard de la jeune fille, tourné de côté, comme absent, donne à la scène une intimité et une mélancolie discrète qui, je trouve, va au-delà de la simple étude de lumière. On sent une vraie présence psychologique, une intériorité, ce qui distingue Cassatt de certains de ses contemporains plus attachés à l’effet visuel pur.
Vous êtes devant un pli de mousseline qui vibre sous la lumière, juste au bord du chapeau. Regardez ce blanc presque mauve par endroits : Mary Cassatt joue là sa partition la plus fine.
Ce que Jeune fille à la fenêtre nous dit
La jeune fille occupe presque tout le cadre, un chien sur ses genoux. Son chapeau capte l’essentiel de la lumière, en larges touches libres, tandis que le visage reste plus construit, presque académique. Ce contraste entre virtuosité rapide et minutie du visage est typique de la manière de Cassatt au début des années 1880. À l’arrière-plan, les toits de Paris se dissolvent en aplats bleutés, presque abstraits, pour ne jamais concurrencer la figure.
Ce que l’époque nous dit
Cette toile n’a pas toujours porté le titre de « Jeune fille à la fenêtre ». Dans les catalogues d’exposition américains du XXe siècle, elle s’appelait « Woman with a Dog », puis, pendant plus de vingt ans, « Susan on a Balcony Holding a Dog ». Ce glissement de titre raconte une histoire propre à l’art américain de ces années : la scène de genre impressionniste, saisie sur un balcon parisien, entre observation directe et vie mondaine des jeunes Américaines expatriées.
Mary Cassatt
Mary Cassatt s’installe à Paris en 1866. Degas la remarque et l’invite, en 1877, à exposer avec les impressionnistes. Elle participe à quatre de leurs expositions, en 1879, 1880, 1881 et 1886, seule Américaine du groupe.
Actualité : une rétrospective Mary Cassatt inédite au musée d’Orsay
Cent ans après sa mort, Mary Cassatt fait l’objet d’un hommage sans précédent en France : du 6 octobre 2026 au 31 janvier 2027, le musée d’Orsay lui consacre sa première grande rétrospective nationale, « Mary Cassatt. L’indépendante ». Organisée avec la National Portrait Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston, l’exposition réunit près de 80 peintures, pastels et estampes, éclairant le parcours d’une artiste américaine devenue une figure centrale de l’impressionnisme parisien. C’est l’occasion de redécouvrir des œuvres comme Jeune fille à la fenêtre, conservée à la National Gallery of Art de Washington, dans le contexte plus large de la reconnaissance actuelle de l’artiste.
Source : Musée d’Orsay
Une question pour vous
Où, dans cette toile, la touche de Cassatt cesse-t-elle d’être impressionniste pour redevenir presque académique ?
À propos de cette œuvre
- Jeune fille à la fenêtre
- Mary Cassatt
- vers 1883-1884
- Huile sur toile
- 100,3 x 64,7 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/97663-young-girl-window

