
À retenir
Peint en 1840 par Johann Heinrich Christian Eli, dit Christel Eli (1801-1881), le Bouquet de fleurs dans une niche est une nature morte florale à l’huile sur toile. Formé à la peinture sur porcelaine à la manufacture de Fürstenberg, Eli travaille à Brunswick en pleine période Biedermeier. Le tableau reprend une composition d’Abraham Mignon, peintre de fleurs du Siècle d’or néerlandais, conservée au Herzog Anton Ulrich-Museum de Brunswick. Eli y ajoute une fleur de cierge, cactus introduit en Europe vers 1800, qui ancre la toile dans son époque. Signée et datée, l’œuvre appartient depuis 1989 au LWL-Museum für Kunst und Kultur de Münster.
Voici une œuvre dans le goût des grands bouquets du Siècle d’or néerlandais, ce XVIIe siècle que j’aime tout particulièrement, mais réalisée ici en 1840. Christel Eli en reprend fidèlement tous les codes. On y trouve d’abord des fleurs variées qui n’auraient jamais pu fleurir en même temps, puisqu’elles viennent de saisons différentes. On peut y voir sans doute des tulipes, lys, pavots, roses, fleurs de la passion, chardons. Il y a aussi le vase de verre posé dans sa niche, avec ses reflets délicats, et les papillons qui volettent autour du bouquet comme pour lui donner vie. Un détail pourtant trahit le XIXe siècle. En bas à gauche, le peintre a glissé ce qui ressemble à une fleur de cierge, un cactus introduit en Europe seulement vers 1800. Ce détail distingue son tableau de celui qui l’a inspiré, le Bouquet de fleurs avec feuilles de chardon peint vers 1670 par Abraham Mignon et conservé aujourd’hui au Herzog Anton Ulrich-Museum de Brunswick. Je trouve cette touche passionnante. Plutôt que de le copier servilement, il y ajoute une fleur que son prédécesseur n’aurait jamais pu connaître, comme une signature discrète de son époque. Ce que j’aime aussi, c’est ce rendu propre aux grands bouquets du XVIIe siècle : l’explosion de couleurs, la multitude de fleurs différentes et le soin apporté à chaque pétale. On prend plaisir à s’attarder sur le tableau pour y découvrir sans cesse un nouveau détail. Avec cette grande toile de plus d’un mètre de haut, Eli nous offre un concentré floral tout à fait remarquable, à la fois hommage aux maîtres anciens et témoignage de la curiosité botanique de son temps.
Une aiguille blanche. Puis dix, puis cent. Elles hérissent une tige de cactus couchée sur une tablette de marbre. Une grande fleur orangée bascule dans le vide. Ses étamines pendent comme des fils de soie. Levez maintenant les yeux. Le bouquet de Christel Eli vous saute au visage. Rouge, blanc laiteux, bleu nuit, il se dresse contre l’ombre d’une niche cintrée. On croit sentir le froid de la pierre sous les doigts.
Un bouquet impossible, peint à fleur de pétale
Observez la profusion. Des tulipes striées de pourpre côtoient des roses, des coquelicots, des lys et des passiflores. Un iris sombre se penche à droite. Des volubilis bleus s’ouvrent à gauche. Un chardon argenté déborde de la tablette, prêt à piquer la main. Ces fleurs ne s’épanouissent jamais à la même saison. Le bouquet n’a donc jamais existé. Il paraît pourtant cueilli à l’aube. Regardez le vase de verre. Il capte un reflet de fenêtre et laisse deviner les tiges dans l’eau. Une chenille grimpe sur la tige d’un pavot. Un paon-du-jour plane en haut à gauche. Un second papillon, turquoise et noir, se pose près des volubilis. Un minuscule insecte fouille le cœur d’une rose blanche.
Approchez-vous encore. La surface est lisse, presque sans trace de pinceau. Les pétales ont le poli d’un émail. Chaque nervure de feuille est tracée au pinceau le plus fin. Rien ne bave, rien ne flotte. On y reconnaît la main d’un peintre sur porcelaine. Ce métier exige des couleurs fines, nettes, posées sans repentir. Eli l’apprend à la manufacture de Fürstenberg, dont l’atelier de peinture se trouve à Brunswick. Copier un modèle fait partie de cette discipline. Une assiette peinte par Eli d’après un décor de Sèvres a été exposée au château de Fürstenberg.
La collection en ligne du LWL-Museum für Kunst und Kultur précise le modèle de notre toile. Il s’agit d’un bouquet d’Abraham Mignon peint vers 1670-1675. Eli en garde l’architecture et la lumière. Mais il ajoute, en bas à gauche, une fleur de cierge. Ce cactus n’arrive en Europe que vers 1800. Hommage fidèle ou signature d’un autre siècle ? La toile ne tranche pas.
Christel Eli, de la porcelaine à la toile
Johann Heinrich Christian Eli, dit Christel, naît en 1801. Il se forme d’abord auprès du peintre et graveur brunswickois Johann Hilarius Krevel. En 1817, il entre à l’atelier de peinture de la manufacture de Fürstenberg. L’atelier ferme en 1828. Eli travaille à son compte à partir de 1830. En 1840, il signe et date cette grande toile sur le rebord de marbre, en bas à droite. L’Allemagne vit alors la période Biedermeier. Chez Eli, le goût du détail vient de l’atelier plus que de l’académie. Son modèle vient d’un tout autre monde. Né à Francfort en 1640, Abraham Mignon fait carrière à Utrecht, dans l’atelier de Jan Davidsz de Heem. Il meurt en 1679. Plus d’un siècle et demi sépare donc les deux bouquets. Le titre de peintre de cour pour les fleurs, les fruits et les insectes ne viendra qu’en 1857. Christel Eli meurt en 1881.
Actualité du LWL-Museum
Entré dans les collections du musée de Münster en 1989 (inv. 1916 LM), le Bouquet de fleurs dans une niche n’est pas présenté dans les salles à l’heure actuelle. On peut toutefois le consulter dans la collection en ligne du musée. L’institution vit une période particulièrement active. Jusqu’au 17 janvier 2027, la série RADAR, menée avec le Westfälischer Kunstverein, présente l’artiste Eda Aslan. Elle réemploie notamment du matériel récupéré sur la grande exposition « Kirchner. Picasso » de 2025-2026. Du 23 janvier au 11 avril 2027, le musée accueillera ensuite le Museum of Broken Relationships de Zagreb, enrichi d’objets confiés par des habitants de la région. Le grand rendez-vous reste les Skulptur Projekte, organisées par le musée et présentées dans toute la ville de Münster du 13 juin au 3 octobre 2027. Elles fêteront alors leurs 50 ans.
Source : Die Skulptur Projekte Münster.
Une question pour vous
Quelle fleur ajouteriez-vous aujourd’hui pour signer votre époque, comme Eli l’a fait avec son cactus ?
À propos de cette œuvre
- Bouquet de fleurs dans une niche
- Johann Heinrich Christian (dit Christel) Eli
- 1840
- Huile sur toile
- 116 x 97 cm
- LWL-Museum für Kunst und Kultur, Münster
- https://sammlung-online.lwl-museum-kunst-kultur.de/werke/39560
