
À retenir
Peint par Claude Monet à l’été 1881, Le Jardin de l’artiste à Vétheuil montre l’allée bordée de tournesols de la maison qu’il loue dans ce village de la Seine. Le jeune fils du peintre devant et d’autres membres du foyer se tiennent sur les marches. Monet réalise quatre versions de ce motif. La plus grande est conservée à la National Gallery of Art de Washington. Cette huile sur toile impressionniste appartient au début des années 1880, quand Monet s’attache davantage à la surface peinte qu’à l’effet fugitif de lumière. Son horizon haut et sa matière épaisse donnent aux touches une valeur plus décorative que descriptive.
Un Monet plein de couleur et de chaleur estivale dans cette toile. Le sujet est le jardin, celui de la maison que Monet loue à Vétheuil. Quelques personnages s’y tiennent, y passent. Au premier plan, un enfant se tient dans l’allée. Plus loin, une femme et un autre enfant apparaissent à demi cachés par les fleurs. Ils donnent une présence humaine qui renforce, à mon sens, le sentiment de bonheur lumineux qui émane de la toile. C’est ce que j’aime ici : la discrète présence humaine renforce la lumière qui transfigure ce paysage du jardin. Monet ne fait pas un portrait de famille. Les figures sont posées en quelques touches, presque fondues dans la végétation, et c’est justement ce qui les rend vivantes.
La maison est derrière, au fond. Elle nous montre que nous sommes dans le jardin, tout comme ces pots bleus qui jalonnent l’allée. Ils donnent du rythme à la composition et guident le regard vers la façade. Les grands tournesols, de chaque côté, forment comme une haie d’honneur qui s’élève au-dessus des personnages. Le format vertical accentue cette impression : on se sent tout petit, entouré par les fleurs, comme ces enfants.
Ce qui me touche aussi, c’est le contexte. En 1881, Monet sort de années très difficiles à Vétheuil : la misère, les toiles qui ne se vendent pas, la mort de Camille en 1879. Et pourtant il peint cette scène d’été radieuse. J’y vois un moment de répit, une lumière retrouvée. La touche est rapide, vibrante, surtout dans les fleurs, où le pinceau va à l’essentiel de la couleur plutôt que du détail. Je retiens le jaune des fleurs et le bleu du ciel, qui se répondent d’un bout à l’autre du tableau, avec le bleu des pots comme trait d’union.
Le Jardin de l’artiste à Vétheuil
Approchez-vous du pot, en bas à droite. Le bleu et blanc se défait. Du vert s’y glisse, reflet de l’herbe voisine. Ailleurs, un voile d’or ou de rose. Remontez l’allée. Le soleil frappe le sable. Les ombres virent au bleu, à la prune, à plusieurs verts. Un petit garçon dans l’allée. Son visage tient en quelques touches. Plus haut, des marches barrent le chemin.
Claude Monet
Claude Monet loue cette maison de Vétheuil à partir de 1878. Il y aménage les terrasses jusqu’à la Seine. Les grands pots lui appartiennent. Ils le suivent d’un jardin à l’autre. L’enfant devant est son jeune fils. Sur les marches se tiennent d’autres membres du foyer. À l’été 1881, il peint quatre versions du motif, dont celle-ci, la plus grande. La toile du Norton Simon Museum passe longtemps pour son esquisse. L’examen des deux toiles, réunies en 2018, remet cette hiérarchie en question. Au début des années 1880, l’effet fugitif de lumière compte moins pour Monet. La surface peinte compte davantage.
Place à la couleur
Restez à distance. Tout est été, lumière, enfance. Avancez maintenant. La pâte s’épaissit, la touche devient motif. L’horizon très haut vous retient dans la toile. Les marches ferment toute fuite. Vous ne traversez pas ce jardin. Vous restez à sa surface, dans le relief de la matière et dans la couleur. La nature fournit le sujet. Le décor prend la place. La joie déborde, et cette maison sort pourtant du deuil.
Actualité : 2026, l’année du centenaire Monet
Cent ans après sa disparition, Claude Monet est célébré dans toute la France et au-delà. Le peintre est mort en décembre 1926 à Giverny, et la Normandie et l’Île-de-France fêtent en 2026 le centenaire de sa disparition. Vétheuil, où fut peint Le Jardin de l’artiste, prend part à cet hommage : la maison où Monet vécut s’ouvre au public pour l’occasion, avec un parcours consacré à son séjour de 1878 à 1881, « entre ombres et lumières ». C’est une période charnière de sa carrière : Monet y peignit environ deux cents toiles en trois ans, à un moment où la peinture impressionniste se vendait très mal et où sa femme Camille était gravement malade. À Paris, le musée de l’Orangerie présente jusqu’au 25 janvier 2027 « Monet, peindre le temps », une exposition qui réunit près de quarante tableaux, issus surtout des collections d’Orsay et du musée Marmottan Monet, autour du thème du temps et du cycle des Nymphéas. De son côté, le musée Marmottan Monet montre jusqu’au 31 janvier 2027 l’influence du maître sur les artistes contemporains, de Monet à Hockney.
Source : Musée de l’Orangerie & Musée Marmottan Monet.
Une question pour vous
Avant les tournesols de Van Gogh, ceux de Monet n’ouvraient-ils pas déjà la voie à une peinture où la fleur devient pure couleur ?
À propos de cette œuvre
- Le Jardin de l’artiste à Vétheuil
- Claude Monet
- 1881
- Huile sur toile
- 151,5 x 121 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/52189-artists-garden-vetheuil
