
Zaandam, été 1871. Claude Monet pose son chevalet face aux eaux calmes du Zaan. La guerre franco-prussienne vient de le chasser de France. Ici, aux Pays-Bas, il retrouve la lumière et la sérénité. Devant lui, des maisons aux façades vert pâle se dressent au bord du canal. Leurs ornements baroques, typiques de l’architecture hollandaise du 17e siècle, captivent son regard.
Une palette lumineuse
Monet travaille rapidement, par touches fragmentées. Le bleu du ciel se mêle aux nuances de blanc dans les nuages. Les reflets dansent à la surface de l’eau en traînées horizontales de couleurs. Les façades roses et vertes se décomposent en multiples nuances sous la lumière estivale. Les arbres forment une masse dense de verts variés, traités par petits coups de pinceau juxtaposés. Cette technique annonce déjà l’impressionnisme qui révolutionnera la peinture.
L’exil créateur après la guerre
Pendant que Paris panse ses plaies, Monet trouve à Zaandam un havre de paix. Cette petite ville près d’Amsterdam attire les touristes par ses paysages pittoresques. L’artiste y séjourne avec sa famille et réalise vingt-cinq toiles en quelques mois. Il écrit à Camille Pissarro qu’on pourrait « s’occuper toute une vie de peintre » dans ce lieu. Ces maisons au bord de l’eau incarnent l’insouciance retrouvée après les traumatismes de la guerre.
Claude Monet
Claude Monet (1840-1926) a trente et un ans maintenant. Il affine son style en capturant les effets de lumière sur l’eau et l’architecture. Cette période hollandaise marque une étape décisive vers la maturité impressionniste qui fera sa renommée mondiale.
Une question pour vous
💭 En quoi ce séjour hollandais de 1871-1872 constitue-t-il un laboratoire décisif pour la technique impressionniste que Monet développera l’année suivante avec Impression, soleil levant ?
À propos de cette œuvre
- Maisons au bord du Zaan
- Claude Monet
- 1871-1872
- Huile sur toile
- 47,7 × 73,7 cm
- Städel Museum, Francfort-sur-le-Main
- https://sammlung.staedelmuseum.de/en/work/houses-by-the-bank-of-the-river-zaan
Zaandam après la guerre : l’exil productif
Monet, qui avait passé une partie du conflit à Londres avec Pissarro, choisit Zaandam, petite ville industrielle au bord du canal Zaan, au nord d’Amsterdam, comme lieu de refuge et de travail. Il y peint une vingtaine de tableaux, frappé par l’atmosphère particulière du lieu : les façades de bois peint aux couleurs pastel se reflètent dans les eaux calmes du canal, les moulins à vent dominent l’horizon, les bateaux glissent sur la rivière. Écrivant à Camille Pissarro, il note qu’un peintre pourrait y travailler « une vie entière de peintre », preuve de l’abondance des motifs que lui offre ce paysage néerlandais. La toile est vendue à Paul Durand-Ruel en mars 1872 et entre dans les collections du Städel de Francfort en 1904.
La leçon de Zaandam : couleur, reflet, instantanéité
Dans Maisons sur les bords de la rivière Zaan, Monet travaille à la touche fragmentée et rapide qui deviendra la marque de l’impressionnisme. Les façades des maisons, roses, vertes, blanches, se dédoublent dans le miroir du canal en touches horizontales qui dissolvent la frontière entre le réel et son reflet. Le ciel, traité en larges passages bleus et blancs, se retrouve dans l’eau avec des variations de couleur qui témoignent d’une observation acérée de la lumière en mouvement. Ce séjour hollandais, qui précède d’un an le tableau Impression, Soleil levant (1872), est une étape décisive dans le développement de la technique impressionniste : la Hollande offre à Monet un laboratoire idéal d’observation de la lumière sur l’eau, motif qu’il ne cessera plus d’explorer jusqu’aux Nymphéas de Giverny.
Monet et la Hollande : une affinité durable
Ce n’est pas la seule fois que Monet peint la Hollande. Il y retourne en 1886, cette fois-ci pour peindre les champs de tulipes près de Leyde. Ces deux séjours néerlandais témoignent d’une affinité durable entre la sensibilité de Monet et le paysage hollandais : sa lumière diffuse, ses horizons bas, ses reflets aquatiques. La tradition hollandaise du paysage, de Rembrandt à Ruysdael, avait par ailleurs influencé la peinture de Barbizon dont Monet était l’héritier direct avant de la dépasser dans sa propre révolution picturale.
