
À retenir
Marine est une huile sur toile attribuée à Claude-Joseph Vernet, peintre français né à Avignon en 1714 et mort à Paris en 1789. Réalisée vers 1750, elle représente un port méditerranéen au crépuscule, animé de pêcheurs et de voiliers. Vernet s’impose au XVIIIe siècle comme l’un des principaux représentants du paysage marin français, entre observation topographique et mise en scène poétique héritée de Claude Lorrain. Reçu à l’Académie royale en 1746, il reçoit ensuite la commande royale des grands ports de France. La toile, conservée au Musée des Beaux-Arts de Reims, illustre ce goût pour les scènes portuaires animées qui a fait sa renommée européenne.
Tout dans ce tableau me rappelle Claude-Joseph Vernet. C’est une marine, et la saison estivale du moment qui nous rapproche souvent de la mer a sans doute guidé mon choix d’aujourd’hui. J’aime particulièrement les couleurs chaudes de ce soleil couchant, la mer paisible et calme, presque étale, sur laquelle glisse un voilier toutes voiles dehors. Je retrouve aussi ici cette atmosphère si humaine des toiles de Vernet. Il aime peupler ses marines de personnages affairés à leurs activités quotidiennes plutôt que de se contenter d’un simple paysage : un témoignage vivant de la vie maritime de l’époque, toujours passionnant à observer dans le détail. Cette œuvre est d’ailleurs à rapprocher d’une autre toile de Vernet, la Vue de la Seine à Nogent-sur-Seine, que je vous présentais il y a peu sur VMuseum.
Une pipe se consume entre les doigts d’un homme en turban. La fumée monte, légère, dans l’air du soir. Devant lui, la mer s’étend, calme, dorée par le soleil qui descend derrière un phare. Un trois-mâts glisse sur l’eau, ses voiles à peine gonflées. Autour, un chien somnole sur la roche, indifférent au départ du navire.
Ce que cache la surface de cette Marine
Vernet peint cette toile en petit format, quarante centimètres à peine, loin des commandes monumentales des Ports de France. Les glacis superposés donnent à l’eau cette transparence orangée, typique de ses fins de journée. La touche reste fine, presque invisible sous le vernis craquelé qui traverse toute la surface. Au premier plan, trois personnages en turban et robe orientale observent le large. Ce costume oriental plaît alors aux amateurs du Grand Tour. Plus bas, sur la roche, des pêcheurs déchargent leur prise dans des paniers tressés. Une femme se penche, un homme trie le poisson, un enfant regarde la scène. Au loin, un phare marque l’entrée d’un port imaginaire, entre Méditerranée réelle et décor recomposé en atelier. Cette lumière rasante vient de Claude Lorrain. Elle structure tout l’espace, du rocher sombre au soleil qui tombe. Le rivage vit sa propre agitation, sous le calme apparent de la mer. Ce contraste entre agitation humaine et immobilité du ciel reste la vraie tension de la toile. Le vernis, jauni par le temps, accentue encore la tonalité chaude du couchant. La toile porte une mention d’attribution, jamais une signature confirmée. Personne, aujourd’hui encore, ne tranche avec certitude.
Claude-Joseph Vernet et son époque
Claude-Joseph Vernet naît à Avignon en 1714, fils d’un peintre décorateur. Formé auprès de son père, puis du peintre d’histoire Philippe Sauvan, il part pour Rome en 1734. Il y étudie la peinture de paysage auprès de Claude Lorrain. Il fréquente aussi les peintres de marine locaux, Bernardino Fergioni et Adrien Manglard. Reçu à l’Académie royale en 1746, il expose au Salon et devient l’un des peintres de marine les plus demandés d’Europe. Louis XV lui commande une série des grands ports de France. Le chantier l’occupe plus de dix ans, entre 1753 et 1765. Son œuvre marque durablement la peinture de marine française, entre observation exacte et mise en scène poétique.
Actualité
Actuellement fermé pour une vaste reconstruction, le Musée des Beaux-Arts de Reims ne devrait rouvrir ses portes qu’en 2027, après plus de treize mois de retard liés à des fouilles archéologiques sur le chantier. En attendant, ses collections voyagent : plusieurs œuvres sont visibles dans d’autres institutions françaises et internationales, le temps que le nouveau bâtiment soit livré. Cette Marine, attribuée à Claude Joseph Vernet, s’inscrit dans un corpus toujours vivant dans l’enseignement de l’histoire de l’art en France : une autre marine du peintre, La Ville et la rade de Toulon, figure encore au programme du baccalauréat spécialité arts plastiques pour la session 2026.
Source : Musée des Beaux-Arts de Reims
Une question pour vous
Cette lumière rasante doit-elle moins à la Méditerranée qu’aux toiles de Claude Lorrain, vues et retenues à Rome vingt ans plus tôt ?
À propos de cette œuvre
- Marine
- attribué à Claude-Joseph Vernet
- vers 1750
- Reims, Musée des Beaux-Arts (inv. 913.7.2), Photo : Corentin Le Goff
- Huile sur toile
- 40,7 x 48,9 cm
- https://musees-reims.fr/oeuvre/marine-266587848216717605
