
À retenir
Peinte par Joseph Vernet en 1764, la Vue de la Seine à Nogent-sur-Seine illustre l’art du paysage français du XVIIIe siècle, entre observation topographique et composition classique. Commandée par Jean de Boullongne pour documenter son domaine industriel, la toile associe rendu fidèle du site et mise en scène pittoresque, une tension caractéristique du travail de Vernet, formé à Rome puis reconnu pour la commande royale des Ports de France. Présentée au Salon de Paris en 1765, elle est aujourd’hui conservée à la Gemäldegalerie de Berlin, l’une des grandes collections européennes de peinture ancienne. Elle confirme la réputation de Vernet parmi les paysagistes majeurs de son temps.
Je trouve que ce tableau est une vision enjolivée d’un paysage réel. Sa construction entre deux bouquets d’arbres, la présence de personnages et d’embarcations, les couleurs de la lumière matinale, tout concourt à mon sens à donner cette impression. Il documente certainement le lieu comme le demandait le commanditaire, mais Vernet ne se prive pas d’y ajouter une part de mise en scène : le calme de l’eau, la douceur du ciel, la façon dont chaque élément semble à sa place composent presque une scène de théâtre plus qu’un simple relevé topographique. Quand je le regarde en plein écran, je discerne de nombreux détails qui témoignent d’une vie active autour de la Seine : des silhouettes affairées sur la berge, des barques qui se croisent, des reflets qui bougent légèrement d’une rive à l’autre. C’est ce mélange entre exactitude du site et petite fiction paisible qui, je trouve, fait tout le charme de cette toile.
Ce que vous voyez en premier dans cette Vue de la Seine à Nogent-sur-Seine
Un fil tendu traverse l’eau, presque invisible. Un homme le tire depuis la berge, penché, un chien à ses pieds. Sentez d’abord la fraîcheur du matin, avant même de voir le fleuve. Levez les yeux. Derrière lui, une pêcheuse en rouge, un officier, une dame en jaune s’attardent au bord de l’eau. Le ciel, chargé de nuages blancs, domine toute la scène. Une lumière rasante caresse chaque visage.
L’histoire du tableau
Vernet peint à l’huile sur une toile allongée, 76 sur 135 centimètres. La lumière vient de la droite, rasante, presque matinale. Elle glisse sur l’eau, sur les feuillages, sur les façades de brique au loin. Les glacis clairs adoucissent chaque plan, du premier rang de personnages jusqu’à l’horizon. En 1763, Jean de Boullongne, ancien contrôleur général des finances, installe une manufacture de bas à Nogent-sur-Seine. Il commande à Vernet plusieurs vues de son domaine. Le peintre séjourne sur place en novembre 1764. La toile, achevée, est montrée au Salon de Paris en 1765. Sur l’autre rive, on distingue la salle des machines du barrage, un pont de pierre, plusieurs bâtiments alignés. Près du pont, des bateliers déchargent des barils. Un peu plus loin, des chevaux attendent, une charrette est chargée. Au premier plan, le temps semble suspendu. Plus loin, il continue de s’écouler, dans le bruit du travail et de l’eau qui tombe. Les figures du premier plan referment, en silhouette, l’ovale imaginaire du paysage.
Claude-Joseph Vernet et son époque
Claude-Joseph Vernet naît à Avignon en 1714. Souvent plus connu sous le nom de Joseph Vernet, il apprend son métier auprès de Vialy, puis de Sauvan. En 1734, il part se former à Rome. Il y reste près de vingt ans, étudie la lumière italienne, les ruines, la mer. Sa réputation grandit vite en Europe. De retour en France en 1753, il reçoit la commande royale des Ports de France. Quinze vues sont achevées en dix ans. Installé à Paris depuis 1762, il devient le paysagiste que recherchent grands financiers et nobles. Boullongne le sollicite deux ans plus tard. En 1767, Diderot loue déjà la rapidité de son exécution. Vernet meurt à Paris en 1789, dans ses logements du Louvre.
Actualité
Joseph Vernet reste aujourd’hui un artiste régulièrement mis en avant dans l’enseignement français de l’histoire de l’art. Son tableau La Ville et la rade de Toulon, deuxième vue, le port de Toulon, vue du mont Faron (1756, musée du Louvre) figurait ainsi au programme du baccalauréat, enseignement de spécialité arts plastiques en terminale, pour la session 2026, rattaché au thème « Documenter ou augmenter le réel ». Cette œuvre illustre la capacité de Vernet à conjuguer une observation topographique rigoureuse et une mise en scène pittoresque de la vie portuaire. Ce maintien au programme témoigne de la place durable de Vernet dans le canon de l’histoire de l’art enseigné en France, aux côtés d’artistes comme Andreas Gursky.
Source : education.gouv.fr
Une question pour vous
Si l’on comparait cette toile aux vues de ports de Claude Lorrain, que Vernet a longuement étudiées à Rome, que garderait-on de commun entre les deux peintres ?
À propos de cette œuvre
- Vue de la Seine à Nogent-sur-Seine
- Claude-Joseph Vernet
- 1764
- Huile sur toile
- 76 x 135,5 cm
- Gemäldegalerie, Berlin
- https://search.smb.museum/object/obj-865463
