
À retenir
Peint par Frans van Mieris l’Ancien en 1663, Garçon faisant des bulles appartient à l’école des fijnschilders de Leyde, un courant de la peinture du Siècle d’or néerlandais reconnu pour sa minutie technique. L’oeuvre met en scène un enfant soufflant des bulles de savon depuis une fenêtre, sujet récurrent dans la peinture morale hollandaise du XVIIe siècle, où la bulle symbolise la fragilité de l’existence. L’œuvre a appartenu à la collection de Guillaume V, prince d’Orange, avant d’intégrer le Mauritshuis à La Haye en 1822. Elle illustre la réputation internationale de Van Mieris, élève de Gerrit Dou, dont le travail minutieux fut particulièrement recherché par les collectionneurs du XVIIIe siècle.
Quelle finesse dans ce tableau de petit format. C’est d’ailleurs pourquoi on parle de « fijnschilders » (littéralement « peintres de la finesse ») : la coquille où trempe le pinceau, le tissu du col, la transparence même de la bulle sont rendus avec une précision presque microscopique. J’admire cette minutie, et le choix de la scène est tout aussi intéressant. Entre scène de genre et scène moralisatrice, on peut choisir à volonté la lecture qu’on en fait : la bulle qui éclate comme symbole de la fragilité de la vie, jusqu’au tournesol en arrière-plan qu’on a pu lire comme un élan vers le ciel. J’opte personnellement pour la scène de genre, le côté réjouissant de l’enfance insouciante, renforcé par le regard du personnage à l’arrière-plan, qui pourrait être sa mère. Je trouve que ces peintures du siècle d’or néerlandais sont infinies dans leurs propositions et leur variété, et j’y reviens toujours avec bonheur.
Regardez la bulle, entre les doigts de l’enfant. Une sphère presque transparente, tendue au bout d’une paille, où se devine le reflet inversé de la fenêtre. Van Mieris peint l’instant précis où l’air prend forme, juste avant qu’il n’éclate.
Ce Garçon faisant des bulles
Cette précision n’est pas un hasard de pinceau. Van Mieris appartient aux fijnschilders de Leyde, ces peintres qui superposent des glacis d’huile en couches presque invisibles, sans laisser affleurer le grain de la brosse. Le velours rouge du bonnet posé sur l’appui de fenêtre, les plumes blanches et noires qui le bordent, le verre du flacon à droite : chaque matière réclame un traitement différent de la lumière. Autour de l’enfant, le décor déborde aussi de sens caché. Le pampre de vigne qui encadre la scène peut évoquer le vin et ses excès ; le tournesol dans le vase, l’élévation de l’âme vers le ciel ; la cage à oiseaux suspendue, l’innocence tenue captive. Rien n’est neutre dans cette fenêtre peinte.
Frans van Mieris l’Ancien et son époque
Frans van Mieris l’Ancien travaille à Leyde, où il se forme dans l’atelier de Gerrit Dou, chef de file des fijnschilders. Il peint ce tableau en 1663, comme l’indique l’inscription gravée dans la pierre du rebord. L’œuvre entre plus tard dans la collection de Guillaume V, prince d’Orange, avant de rejoindre le Mauritshuis en 1822.
Actualité au musée
Du 15 octobre 2026 au 17 janvier 2027, le Mauritshuis s’associe au Museo Nacional Thyssen-Bornemisza de Madrid pour un échange muséal inédit : 25 chefs-d’œuvre madrilènes (Van Eyck, Dürer, El Greco, Bronzino…) rejoignent temporairement La Haye, tandis que 25 pièces phares de la collection permanente partent pour l’Espagne. Ce Garçon faisant des bulles de Van Mieris, actuellement présenté en salle 11 du musée, fait partie des œuvres que les visiteurs peuvent (re)découvrir.
Source : Mauritshuis
Une question pour vous
Quelle lecture faites-vous de cette scène : jeu d’enfant insouciant, ou métaphore de l’éphémère ?
À propos de cette œuvre
- Garçon faisant des bulles
- Frans van Mieris l’Ancien
- 1663
- Huile sur panneau de bois
- 25,2 x 18,3 cm
- Mauritshuis, La Haye
- https://www.mauritshuis.nl/fr/decouvrir-la-collection/oeuvres-d-art/106-a-boy-blowing-bubbles
