
J’ai découvert cette artiste italienne en parcourant la collection en ligne du Lenbachhaus, et je m’y suis arrêté, puis j’y suis revenu plusieurs fois. Ce qui me frappe, c’est cette impression de silence qui se dégage malgré la force des couleurs. On devine une après-midi tranquille dans ce café Art nouveau richement coloré, où deux personnages au premier plan semblent échanger des confidences.
Rien n’est décrit avec précision : tout passe par la couleur, par des aplats et des touches qui suggèrent plus qu’ils ne montrent. J’aime l’expressionnisme en général, mais ce tableau en particulier a quelque chose de plus intime, presque chuchoté, qui me touche chaque fois que j’y reviens. Il semble en porter déjà les prémices.
Nous sommes devant un mur orangé, moucheté de taches turquoise comme une peau animale. C’est ce détail qui retient d’abord le regard, avant les deux silhouettes attablées dans la pénombre verte du fond.
Ce que la toile nous dit
Erma Bossi construit la scène par aplats larges de couleur pure, à l’huile sur carton. Le mur orange et le plafond vert se répondent comme deux toiles indépendantes, séparées par une colonne sombre. Sur ce plafond des luminaires en motifs décoratifs bleus et jaunes, écho de l’Art nouveau munichois. Devant, deux personnages se penchent l’un vers l’autre, deux verres entre eux sur une table ronde. Près de la colonne, une silhouette en noir et blanc se tient presque effacée par les couleurs. La couleur seule construit ici l’espace et l’intimité de la scène.
Ce que l’époque nous dit
Munich, vers 1910, est une ville en effervescence artistique. Erma Bossi rejoint l’année précédente la Neue Künstlervereinigung München, fondée par Kandinsky, Münter et Jawlensky. Ce cercle rejette la peinture académique au profit de formes simplifiées et de couleurs pures. Les femmes peintres restent exclues des académies officielles, contraintes à des cours privés. Bossi expose pourtant aux côtés des hommes qui domineront ensuite l’histoire du mouvement.
Erma Bossi naît à Pula en 1875. Elle étudie à l’Académie des femmes de Munich, les écoles officielles lui étant fermées. Redécouverte seulement en 2013, au Schlossmuseum de Murnau, elle reste une figure peu documentée du Blaue Reiter.
Erma Bossi à l’affiche en 2026
Depuis le 10 mars 2026, le Lenbachhaus consacre une exposition au Cavalier bleu, Über die Welt hinaus. Der Blaue Reiter, visible jusqu’en septembre 2027. Erma Bossi y figure aux côtés de Kandinsky, Franz Marc et Gabriele Münter. Source : Lenbachhaus München,
Une question pour vous
💭 Que retenez-vous en premier en regardant cette toile : la force des couleurs, ou le silence qui s’en dégage ?
À propos de cette œuvre
- Intérieur avec trois personnages dans un café
- Erma Bossi
- vers 1910
- Huile sur carton
- 56 × 41 cm
- Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau München
- https://www.lenbachhaus.de/en/digital/collection-online/detail/interieur-mit-drei-figuren-im-cafe-30006216






