
À retenir
Deux chevaux devant une écurie est une huile sur bois d’Eugène Delacroix (1798-1863), peinte vers 1825-1827. Le tableau représente deux chevaux de trait attelés, de retour des champs, devant une écurie au toit de chaume. Il appartient aux débuts romantiques du peintre, qui a peut-être réalisé ce panneau lors de son séjour à Londres en 1825. Delacroix y fréquentait alors Richard Parkes Bonington et David Wilkie. Proche de l’art de Théodore Géricault et de la peinture anglaise, l’œuvre a été exposée au Salon de Paris de 1827-1828. Elle fait partie des collections de la Neue Pinakothek de Munich et reste visible à l’Alte Pinakothek durant la rénovation du musée.
L’univers animalier de Delacroix m’intéresse car il est riche et varié : chevaux arabes, lions, tigres, montures de bataille… Ici, pas de fougue ni de combat. Le peintre a représenté des chevaux du quotidien, des animaux de trait qui rentrent à l’écurie, après une journée aux champs. Ce choix d’un sujet modeste me touche, car Delacroix accorde à ces bêtes de labeur la même attention qu’à ses destriers les plus nobles. On retrouve sa facture caractéristique, au trait vif et chargé de force, avec une touche qui fait vibrer la robe des chevaux et la lumière du paysage. Pourtant, l’ensemble dégage une impression paisible, celle du repos mérité après l’effort. C’est pour moi l’un des aspects les plus attachants du tableau : un Delacroix plus intime, proche de Géricault et des peintres anglais qu’il admirait, loin des grandes scènes romantiques qui ont fait sa renommée.
Regardez d’abord le coin inférieur droit. Une cruche de terre rouge gît brisée dans la poussière. Puis la lumière vous saisit. Elle frappe la croupe du cheval gris, crue, presque blanche. Derrière lui, un cheval brun tourne la tête vers la plaine. Au-dessus, le chaume du toit s’effiloche.
Une matière qui se touche
Observez la robe du cheval gris. La pâte y est épaisse, posée en touches courtes qui suivent le muscle. On croit sentir la sueur séchée sous le collier. Le ciel, lui, est brossé en couches fluides et minces. Sur ce petit panneau, une huile sur bois, Delacroix fait alterner le frottis et l’empâtement. On passe du souffle au poids. Les rouges circulent d’un point à l’autre : le collier, la sellette, les tessons. Ce fil de couleur tient toute la composition.
Rien ici d’une monture noble. Deux chevaux de trait rentrent des champs, encore pris dans leur harnais et leurs chaînes. La notice de la Neue Pinakothek rapproche le tableau de Géricault et de la peinture anglaise. L’œil le confirme. Dans ses lithographies de chevaux, Géricault représente lui aussi des bêtes de labeur. Le Cheval du plâtrier montre ainsi un cheval attelé devant un mur au plâtre écaillé. On retrouve chez Delacroix le même mur usé, la même fatigue, le même refus de l’héroïsme.
Le cheval gris regarde en arrière, tête basse. Le brun fixe l’horizon, où le ciel se charge. L’un semble arrivé. L’autre, pas encore.
Eugène Delacroix et son époque
Eugène Delacroix (1798-1863) a vingt-sept ans en 1825. Il traverse la Manche et découvre Londres. Il y fréquente Richard Parkes Bonington et David Wilkie. Géricault, son aîné, est mort l’année précédente. Le jeune peintre cherche encore sa voie au sein du romantisme naissant. Ce panneau a peut-être été peint en Angleterre. Il figure ensuite au Salon de Paris de 1827-1828. Le romantisme de Delacroix passe aussi par cette humilité du motif.
Actualité : Delacroix à Paris
Le musée national Eugène-Delacroix, à Paris, propose du 12 septembre 2026 au 18 avril 2027 un nouvel accrochage consacré à l’univers animalier du peintre. Il est organisé à l’occasion de l’acquisition de deux études de chevaux récemment restaurées. Ces deux études d’étalons, un alezan et un alezan doré, sont présentées au musée pour la première fois et témoignent de l’intérêt constant de Delacroix pour le cheval et sa représentation. Chevaux, lions et tigres ont été pour lui à la fois un objet d’étude et un sujet mis en scène tout au long de sa carrière, dans ses tableaux, ses lithographies et ses décors. Ces études n’étaient pas destinées à être exposées ou vendues : elles lui servaient de référence et de source d’inspiration. L’accrochage met ainsi l’accent sur le processus de création de l’artiste, un regard qui éclaire aussi Deux chevaux devant une écurie.
Source : Musée national Eugène-Delacroix.
Une question pour vous
Avant les paysans de Millet et de Courbet, ce panneau ne fait-il pas déjà entrer le labeur rural dans la grande peinture ?
À propos de cette œuvre
- Deux chevaux devant une écurie
- Eugène Delacroix
- vers 1825-1827
- Huile sur bois
- 40,5 x 63,5 cm
- Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Neue Pinakothek, Munich
- https://www.sammlung.pinakothek.de/de/artwork/QKGBlOnxBb/eugene-delacroix/zwei-pferde-vor-einem-stall
