
À retenir
Peinte à l’huile par l’artiste américaine Mary Cassatt durant l’hiver 1893-1894 à Antibes, Promenade en barque (The Boating Party) représente une femme tenant un enfant face à un rameur vu de dos, dans une barque jaune sur la Méditerranée. Membre du groupe impressionniste, Cassatt y adopte des aplats de couleur, un horizon relevé et un point de vue plongeant inspirés des estampes japonaises. Ces choix la rapprochent du postimpressionnisme de Gauguin et de Van Gogh. La National Gallery of Art de Washington, qui conserve le tableau, le range parmi ses œuvres les plus ambitieuses. Il fut la pièce maîtresse de sa première exposition personnelle aux États-Unis, en 1895.
En contemplant cette œuvre majeure de Mary Cassatt, je ressens tout de suite l’influence de l’estampe japonaise. En 1890, l’artiste avait d’ailleurs visité la grande exposition d’estampes japonaises de l’École des Beaux-Arts de Paris. Cette influence transparaît dans les lignes simplifiées, les aplats de couleurs et le nombre limité de teintes, dominées par le jaune citron de la barque et le bleu intense de la mer. La composition m’intéresse particulièrement par son aspect frontal, sa faible perspective et son horizon très haut, qui laisse peu le regard s’échapper. La silhouette sombre du rameur, au premier plan, écrase encore l’espace et ramène l’attention vers la mère et l’enfant. Peinte à Antibes durant l’hiver 1893-1894, cette toile montre une facture qui s’éloigne déjà de l’impressionnisme, dans une recherche plus personnelle qui me fait davantage penser à Gauguin qu’à Monet.
Une corde brune serre la rame contre le bord de la barque, en bas à gauche. Vous sentez presque ses fibres rêches sous vos doigts. Suivez maintenant la rame jaune. Elle file en diagonale vers le centre de la toile. Là, un bébé en robe rose s’abandonne sur les genoux d’une femme. Ses petites bottines brunes pendent dans le vide. Le soleil méditerranéen chauffe les visages sans les dorer.
Des aplats venus du Japon
Posez les yeux sur la voile, à gauche. Ce grand triangle vert d’eau n’a presque aucun modelé. La couleur y tient comme un papier découpé. C’est la leçon des estampes japonaises, alors en vogue à Paris. Observez aussi la matière. Dans la mer, la touche devient courte, ondulée, presque calligraphique. Sur la robe, des hachures roses croisent un bleu pâle. Ailleurs, la peinture s’étale en surfaces lisses et fermes. Les bancs jaunes découpent la barque en compartiments. Vous la surplombez, comme penché au-dessus d’elle. Le rivage et ses villas blanches butent contre le bord supérieur. La profondeur s’efface. Sous le soleil d’Antibes, Mary Cassatt pousse ses couleurs vers le citron et le bleu. Le musée compte cette huile sur toile parmi les tableaux les plus ambitieux de l’artiste. Elle est la pièce maîtresse de sa première exposition personnelle aux États-Unis, en 1895.
De Manet à Antibes
Mary Cassatt naît en Pennsylvanie en 1844. Installée à Paris, elle rejoint les impressionnistes en 1877. Elle est la seule Américaine à exposer avec eux. En 1893, elle achève une immense peinture murale pour l’Exposition universelle de Chicago. Sa Promenade en barque appelle pourtant la comparaison avec un tableau plus ancien. En 1874, Édouard Manet peint Canotage, aujourd’hui au Metropolitan Museum of Art de New York. Même voile tranchée, même eau qui envahit le fond, même dette envers le Japon. Cassatt admire cette toile. Elle la tient pour l’aboutissement de la peinture de son temps. Elle conseille même son achat à ses amis collectionneurs new-yorkais, Louisine et Henry Havemeyer. Ce geste rappelle son rôle de passeuse entre la France et l’Amérique. Chez Manet, le canotage reste un loisir élégant à deux. Cassatt y installe son sujet de prédilection, la femme et l’enfant. Le titre promet une partie de plaisir. Personne, pourtant, ne sourit. L’homme rame, dos à vous. Vous voilà assis à sa place.
Actualité : Mary Cassatt à l’honneur pour le centenaire de sa disparition
En 2026, cent ans après la mort de l’artiste, Mary Cassatt fait l’objet de deux événements majeurs. À Paris, le musée d’Orsay présente du 6 octobre 2026 au 31 janvier 2027 « Mary Cassatt. L’indépendante », la toute première grande exposition consacrée à la peintre par un musée national français. Près de 80 tableaux, pastels et estampes retracent sa carrière, de ses débuts inspirés des maîtres anciens jusqu’à ses recherches colorées plus modernes. Organisée pour les 40 ans du musée d’Orsay, en partenariat avec la National Portrait Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston, l’exposition met aussi en avant, grâce à des lettres inédites, une professionnelle vivant de sa peinture et engagée pour le vote des femmes. Outre-Atlantique, l’Art Institute of Chicago consacre de son côté l’exposition « Mary Cassatt: After Impressionism » (6 septembre 2026 – 3 janvier 2027) aux dernières phases de sa carrière, période à laquelle appartient justement Promenade en barque.
Sources : Musée d’Orsay et Art Intitute of Chicago.
Une question pour vous
Des estampes japonaises, de Manet ou du soleil d’Antibes, laquelle de ces influences vous semble la plus présente dans cette toile ?
À propos de cette œuvre
- Promenade en barque
- Mary Cassatt (1844-1926)
- 1893-1894
- Huile sur toile
- 90 x 117,3 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/46569-boating-party
