
À retenir
Peinte dans les années 1590, la Bacchanale de Pietro Mera, dit Il Flammingo, représente une fête mythologique autour de Bacchus enfant. Le dieu est entouré de satyres, de buveurs endormis et d’une procession dansante. Mera est un peintre flamand né à Bruxelles et actif en Italie, surtout à Venise. Il appartient au maniérisme tardif de la fin du XVIe siècle. Le tableau associe la minutie des peintres du Nord aux nus musclés de la tradition italienne. Son support en cuivre, prisé des collectionneurs pour les petits formats précieux, donne à la scène un éclat particulier. Le tableau est conservé au Clark Art Institute de Williamstown, dans le Massachusetts, grâce au don de la Fondation Aso O. Tavitian.
Voici une bacchanale de Pietro Mera, dit Il Flammingo (« le Flamand »), peinte dans les années 1590. Je la trouve intéressante car elle met en scène des personnages mythologiques dans cette fête du vin autour de Bacchus. Le vin coule à flots et les personnages en sont largement abreuvés. Dans le fond, la fête bat son plein : les participants sortent en un défilé joyeux, et certains ressentent déjà les maux de l’excès. C’est ce mélange qui me plaît : Mera ne montre pas seulement l’ivresse joyeuse, il glisse aussi, avec humour, ses conséquences moins glorieuses. Ce qui me frappe aussi, c’est le support. Peinte sur cuivre, une plaque de seulement 35 × 45 cm, l’œuvre gagne une surface lisse qui permet une précision et un éclat des couleurs qu’on n’obtiendrait pas sur toile. C’est un tableau qu’il faut regarder de près, presque comme une miniature, pour en découvrir tous les détails. La vigne est bien présente et ne laisse aucun doute sur la nature de la boisson qui coule à profusion des jarres et des tonneaux. On sent aussi le parcours de ce peintre flamand installé en Italie, qui associe le goût du Nord pour la minutie et les scènes foisonnantes aux sujets mythologiques chers aux Italiens. Pour moi, c’est une belle découverte, et une bonne raison de s’intéresser à ces maîtres de la fin du XVIe siècle, moins connus que les grands noms mais pleins de charme.
Une abeille. Elle est posée sur la pierre grise du socle, à peine plus grosse qu’un grain de raisin. Approchez-vous : ses ailes captent la lumière. Autour d’elle, tout déborde. Le vin, les corps, la vigne. Elle seule ne boit pas.
Ce que cache la surface du cuivre de cette Bacchanale
Au centre, un enfant joufflu couronné de pampres trône sur un tonneau. Tout le désigne comme Bacchus. Deux satyres le soutiennent. Il lève une coupe. Le dieu de l’ivresse ouvre une bouche de nourrisson. Triomphe-t-il, ou subit-il sa propre fête ?
Le support explique l’éclat de la scène. Le cuivre ne boit pas la peinture comme une toile. La couche reste en surface, mince et tendue. La lumière traverse les glacis, touche le métal et revient vers vous. Observez le dos du buveur couché sur sa draperie rouge : il luit comme un marbre tiède. Le bleu du drapé de la dormeuse vibre contre le rose des jarres. Le Museum of Fine Arts de Boston conserve de Mera un Pan et Syrinx, lui aussi peint sur cuivre et de format voisin. Ces petits cuivres coûteux appelaient un regard rapproché. Ils rejoignaient les cabinets d’amateurs lettrés, friands de sujets mythologiques.
Pietro Mera et son époque
Pietro Mera naît à Bruxelles et fait carrière en Italie, surtout à Venise. Les Italiens le surnomment simplement « le Flamand ». Il fait partie de ces peintres du Nord qui réussissent dans la Péninsule à la fin du XVIe siècle. Sa manière mêle deux mondes. D’un côté, la minutie flamande : la vigne feuille à feuille, la grappe noire au premier plan, le détail des végéteaux près de la jarre. De l’autre, les nus musclés et tordus du maniérisme italien. Au loin, une procession danse autour d’un temple circulaire. Deux compagnons y soutiennent une bacchante qui chancelle.
Un don qui fait entrer Mera au Clark
La Bacchanale de Pietro Mera fait partie d’un don exceptionnel. La fondation du philanthrope Aso O. Tavitian a offert au Clark 331 œuvres de sa collection personnelle, ainsi que plus de 45 millions de dollars pour financer un poste de conservateur, l’entretien de la collection et la construction d’une nouvelle aile Aso O. Tavitian. Ce don, l’un des plus importants de l’histoire du musée, comprend 132 peintures, 130 sculptures, 39 dessins et 30 objets d’art décoratif, et fait plus que doubler la collection de sculptures du Clark. L’aile Tavitian doit ouvrir en 2028. En attendant, le public peut en découvrir un premier aperçu avec l’exposition An Exquisite Eye: Introducing the Aso O. Tavitian Collection, présentée dans les galeries d’expositions temporaires du Clark Center du 13 juin 2026 au 21 février 2027. L’exposition a pour commissaires Esther Bell et Lara Yeager-Crasselt, la conservatrice dont le poste est financé par le don Tavitian. Le musée vit aussi un changement de direction : Esther Bell a pris la direction du Clark le 1er juillet 2026. Elle devient la sixième directrice de l’institution et la première femme à occuper ce poste en 70 ans.
Source : Clark Art Institute.
Une question pour vous
Saviez-vous qu’on peignait aussi sur des plaques de cuivre, pas seulement sur toile ou sur bois ? Auriez-vous deviné que cette Bacchanale est peinte sur du métal ?
À propos de cette œuvre
- Bacchanale
- Pietro Mera (Il Flammingo)
- années 1590
- Huile sur cuivre
- 34,9 × 44,5 cm
- Clark Art Institute, Williamstown
- don de la Fondation Aso O. Tavitian, 2025.1.44
- https://www.clarkart.edu/ArtPiece/Detail/Bacchanalia
