
À retenir
Peinte vers 1581-1582 par Paolo Caliari, dit Véronèse, La Découverte de Moïse illustre un épisode du livre de l’Exode : le sauvetage du nourrisson Moïse par la fille de Pharaon. De format modeste, cette huile sur toile compte parmi plusieurs variantes du sujet réalisées par le peintre et son atelier. Elle relève de la Renaissance vénitienne, mouvement dont Véronèse partage la primauté avec Titien et le Tintoret. L’artiste y transpose la scène biblique dans un décor contemporain, mêlant costumes patriciens et paysage nord-italien. Réalisée durant la maturité de l’artiste, l’œuvre est conservée à la National Gallery of Art de Washington.
Véronèse et la couleur. Même dans un format modeste, la couleur me paraît ici tout simplement formidable. C’est ce qui me frappe en premier : Véronèse concentre dans ces dimensions réduites la même richesse chromatique que dans ses immenses toiles vénitiennes. Chaque drapé possède sa propre tonalité, chaque personnage sa nuance ; rien ne se répète. La scène est vivante, expressive, et les figures s’identifient sans effort. Fidèle à son habitude, l’artiste transpose l’épisode biblique dans son propre monde : la fille de Pharaon et sa suite portent les étoffes somptueuses des patriciennes de la Venise du XVIᵉ siècle, comme si le récit se déroulait sur les rives d’un fleuve du Nord de l’Italie plutôt qu’au bord du Nil. Regardez le ciel, les arbres, les plis des tissus, l’attitude de chaque personnage : tout diffère, tout respire. La page du récit sacré prend corps sous le pinceau du maître. Un véritable régal pour les yeux.
Un pied minuscule, rose et chaud, dépasse du linge blanc. Vous le touchez presque du regard. C’est Moïse, tiré des eaux. Autour de lui, tout brille. Le brocart d’or capte la lumière. La soie mouillée colle aux corps. L’écorce des arbres luit. La toile vous prend par la peau avant la pensée.
La découverte de Moïse
Approchez encore. La matière raconte tout. Véronèse peint à l’huile sur toile, par touches fluides et vibrantes. Le brocart de la princesse mêle fils d’or et d’argent. Il les pose en petites touches sèches, presque sculptées. La lumière glisse sur les étoffes. Elle se pose sur les chairs. Elle s’attarde dans le feuillage doré des arbres. Ce format réduit appartient à une série. Véronèse et son atelier ont peint plusieurs variantes de ce sujet vers 1580. Le peintre déplace l’épisode de l’Exode dans un décor vénitien. Un pont, une ville lombarde et des arbres du Nord de l’Italie remplacent les rives du Nil. Le sacré se pare des habits du luxe patricien. Cette liberté appartient pleinement à la Renaissance vénitienne.
Véronèse et son époque
Paolo Caliari naît à Vérone en 1528. On le surnomme Véronèse, d’après le nom de sa ville natale. Il arrive à Venise et y triomphe dès 1551. Avec Titien et le Tintoret, il domine la peinture de la Renaissance vénitienne. Il aime les grands festins bibliques, les allégories, les couleurs franches. Son atelier tourne à plein régime et répète ses inventions. Vers 1580, sa palette se fait plus grave. Sa lumière devient plus dirigée, presque symbolique. La Découverte de Moïse appartient à cette maturité tardive. Véronèse s’éteint à Venise en 1588, au sommet de sa gloire. La toile est aujourd’hui à la National Gallery of Art de Washington.
Véronèse à l’affiche
L’intérêt pour Véronèse ne faiblit pas. En 2025, le musée du Prado lui consacrait à Madrid sa première grande rétrospective espagnole. Plus de cent œuvres y ont été prêtées par le Louvre, le Metropolitan Museum ou la National Gallery de Londres. La Découverte de Moïse relève de cette même maturité vénitienne.
Source : Musée du Prado
Une question pour vous
💭 Titien, le Tintoret, Véronèse : tous transposent les récits bibliques dans la Venise de leur temps. Faut-il y voir un manque de rigueur, ou l’invention d’un langage pictural ?
À propos de cette œuvre
- La Découverte de Moïse
- Véronèse (Paolo Caliari)
- vers 1581-1582
- Huile sur toile
- 58 x 44,5 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/45-finding-moses
