
En ce 14 juillet, je cherchais une œuvre en lien avec la fête nationale française, et je suis tombé sur ce tableau d’Henri Rousseau. Il commémore le centenaire de la création de la Première République, proclamée en 1792. J’ai trouvé qu’il était tout indiqué pour célébrer le 14 juillet : cette toile rend hommage, avec un siècle de recul, à l’un des tournants les plus marquants de la période révolutionnaire française.
C’est bien le Douanier Rousseau, avec son style si singulier, qui parvient à traduire une joie franche et communicative : on sent une véritable fierté collective se dégager de la composition. Les drapeaux tricolores, nombreux et flottants, et les personnages officiels alignés à droite du tableau, soulignent la solennité et la grandeur de la République naissante. Une œuvre qui, plus d’un siècle après sa création, continue de porter le symbole. Tout un programme !
Deux drapeaux se croisent contre l’écorce épaisse d’un marronnier centenaire. L’un est tricolore, l’autre sombre et frangé. Des bonnets rouges tournent juste en dessous. La farandole vient tout juste de commencer.
La ronde et la couleur
Les danseurs se tiennent par la main, jupes jaunes, rouges, vertes, tourbillonnant sur l’herbe. Les bonnets phrygiens, écarlates, ponctuent chaque tête d’une même flamme. Le ciel reste plat, d’un bleu presque minéral, sans nuage pour freiner l’élan. Rousseau peint à l’huile sur toile, les feuillages en aplats denses, presque du papier découpé. La lumière ne vient de nulle part précis : elle habille uniformément toute la scène, sans ombre portée. Au loin, une carriole transporte des musiciens costumés. Les rubans qui nouent les mâts capturent un souffle qu’on devine léger, presque tiède.
Un siècle après 1792
En 1892, la Troisième République célèbre le centenaire de la proclamation de la première République, votée en 1792. Le pays veut se montrer uni, un siècle après la Terreur. Rousseau choisit la farandole, danse populaire du Sud, pour incarner la liesse nationale. Il s’inspire de danseurs vus dans une illustration de magazine, puis ajoute drapeaux, mâts de la liberté et deux figures féminines allégoriques, la Première et la Troisième République réunies. À droite, des dignitaires en habit sombre se tiennent droits, immobiles. Entre la ronde joyeuse et ces figures figées, le tableau ne tranche pas.
Henri Rousseau, dit le Douanier, peint en autodidacte. Employé à l’octroi de Paris, il ne prend sa retraite qu’à quarante-neuf ans pour se consacrer à l’art. Il expose dès 1886 au Salon des Indépendants. Son style naïf, moqué de son vivant, séduit Apollinaire et Picasso. Le Douanier n’a jamais mis les pieds dans une jungle, mais il peint la jungle et la fête nationale avec la même conviction tranquille.
Conservée aujourd’hui au J. Paul Getty Museum, à Los Angeles, la toile continue de voyager par le regard.
Actualité : Rousseau à l’Orangerie
Jusqu’au 20 juillet 2026, le musée de l’Orangerie à Paris consacre à Henri Rousseau une rétrospective inédite, « Henri Rousseau, l’ambition de la peinture », coproduite avec la Fondation Barnes de Philadelphie. Grâce à un récent changement de statut de la Fondation, l’Orangerie devient la première institution au monde à bénéficier de prêts issus de sa collection, réunissant ainsi une cinquantaine d’œuvres majeures de l’artiste, dont plusieurs jamais montrées en France. L’exposition s’appuie également sur des analyses scientifiques récentes des toiles, menées conjointement par la Fondation Barnes et le C2RMF, offrant un éclairage nouveau sur la technique picturale du Douanier Rousseau. Une occasion rare de replacer Le Centenaire de l’Indépendance, aujourd’hui conservé au J. Paul Getty Museum, dans le contexte plus large de l’œuvre et de la reconnaissance critique de l’artiste. Source : musee-orangerie.fr
Une question pour vous
💭 Si vous deviez ranger cette toile dans une seule catégorie du Salon des Indépendants, laquelle choisiriez-vous : populaire, allégorique, ou historique ?
À propos de cette œuvre
- Le Centenaire de l’Indépendance
- Henri Rousseau, dit Le Douanier
- 1892
- Huile sur toile
- 111,8 × 158,1 cm
- The J. Paul Getty Museum, Los Angeles
- https://www.getty.edu/art/collection/object/103RJB






