
Ce qui m’attire d’abord dans cette toile, c’est cette dominante rouge-rosée, presque incandescente. Ne connaissant pas cet édifice, je suis parti à la recherche de son histoire et de quelques photographies. Je découvre alors qu’il s’agit de la première cathédrale gothique construite sur le sol allemand, dressée à Magdebourg, capitale du Land de Saxe-Anhalt, à l’est de Berlin. Quelles couleurs pour représenter un monument de pierre !
La composition, constituée de formes juxtaposées, n’en reste pas moins profondément expressive : sous la cathédrale se déploie un paysage, tandis qu’un réverbère jaillit du bas de la toile, comme un point d’ancrage dans le réel face à la vision onirique de l’édifice. Je dois avouer que je ne connaissais pas Seehaus avant de tomber sur cette œuvre dans les collections de la Neue Nationalgalerie de Berlin. Une découverte qui donne envie d’en apprendre davantage sur ce peintre disparu si jeune.
Ce que vous voyez en premier
Un réverbère noir jaillit du bas de la toile. Son fer forgé découpe les aplats rouges et verts du premier plan. Puis le regard grimpe : la cathédrale de Magdebourg se dresse, incendiée de rose et de bleu-gris, sous un ciel zébré de nuages carmin. Rien, ici, ne ressemble à la pierre grise du monument réel.
Ce que cache la surface
Seehaus peint à l’huile sur bois, un format modeste de 45 x 54 cm. La pierre grise devient un réseau cristallin de facettes lumineuses. La composition évoque l’orphisme de Robert Delaunay : couleur et structure fusionnent. En hauteur, l’architecture vise encore une lecture spatiale, tours et flèches se superposent selon une logique presque géométrique. Au premier plan, les champs de couleur se fragmentent, réfractés comme à travers un prisme, sans perspective assignée. Le directeur de la Nationalgalerie, Ludwig Justi, acquiert la toile dès 1920. En 1937, le régime nazi la confisque comme « art dégénéré ». Une œuvre condamnée pour sa liberté chromatique même.
L’artiste et son époque
Né à Bonn, Paul Adolf Seehaus fut l’unique élève d’August Macke entre 1911 et 1914. En 1913, il expose à Bonn aux côtés de Campendonk, Max Ernst et Nauen, réunis dans l’expressionnisme rhénan. La même année, sous le pseudonyme de Barnett, son travail figure au Premier Salon d’automne allemand, galerie Der Sturm à Berlin. Seehaus meurt à 27 ans en 1919. Cette cathédrale de 1918 appartient à sa dernière période créative, la plus libre.
Actualité
La Neue Nationalgalerie de Berlin, qui conserve la Cathédrale de Magdebourg de Seehaus, connaît en 2026 une intense actualité muséale. Après une année 2025 record, où plus de 600 000 visiteurs en ont fait le musée d’art le plus fréquenté de Berlin, le musée accueille jusqu’au 9 août 2026, en coopération avec le Centre Pompidou, une rétrospective consacrée à Constantin Brancusi, la première exposition d’ampleur dédiée au sculpteur en Allemagne depuis plus de cinquante ans. L’exposition a déjà franchi le cap des 100 000 visiteurs.
Plus d’informations : Neue Nationalgalerie – Brancusi.
Une question pour vous
💭 Cette « Cathédrale », confisquée en 1937 comme « art dégénéré », a-t-elle été jugée dangereuse pour sa couleur, ou pour sa liberté de forme ?
À propos de cette œuvre
- Cathédrale de Magdebourg
- Paul Adolf Seehaus
- 1918
- Huile sur bois
- 45 x 54 cm
- Neue Nationalgalerie, Berlin
- https://recherche.smb.museum/detail/962289/der-dom-zu-magdeburg






