
Judith Leyster saisit une scène pleine de malice : un instant de jeu entre deux enfants et un chat, où l’innocence côtoie l’espièglerie.
Le garçon au centre, vêtu d’un magnifique costume chamois rehaussé de galons bleus, arbore un large sourire moqueur sous son joyeux chapeau rouge. D’un geste vif, il subtilise la gourmandise qui tentait le félin, tout en le maintenant fermement de son autre main. À gauche, le second enfant, aux longs cheveux blonds tombant sur son épaule, observe la scène avec une expression mêlant amusement et appréhension.
La palette chaude et la touche spontanée de Leyster insufflent une énergie communicative à cette composition, orchestrée dans un savant jeu de diagonales. Le fond brun uniforme concentre l’attention sur l’action, tandis que la lumière caresse délicatement les visages, révélant toute la fraîcheur de l’enfance. Cette toile témoigne du génie de Leyster pour saisir sur le vif les émotions quotidiennes avec sincérité.
Pour aller plus loin
- Deux enfants avec un chat, par Judith Leyster, vers 1630
- 61 x 52 cm
- The Rijksmuseum, Amsterdam
- https://www.rijksmuseum.nl/en/collection/object/Two-Children-with-a-Cat–48386a71cb4e77d5b3e501ac633f23a6
Judith Leyster (1609-1660) brille parmi les rares femmes peintres du Siècle d’or hollandais. Admise à la guilde de Saint-Luc de Haarlem en 1633, elle maîtrise remarquablement les scènes de genre et les portraits. Elle développe un style vivace caractérisé par une touche libre et une observation psychologique aiguë.
Épouse du peintre Jan Miense Molenaer, elle signe souvent ses œuvres de son monogramme distinctif agrémenté d’une étoile, jeu de mots sur son nom de famille (« ley ster » signifiant « étoile guide »). Longtemps oubliée, son œuvre fut redécouverte au XIXe siècle et continue aujourd’hui d’être célébrée pour sa fraîcheur et son humanité.
Judith Leyster et la scène de genre à Haarlem
Deux enfants avec un chat est une oeuvre caractéristique du talent de Judith Leyster (Haarlem, 1609 – Heemstede, 1660) pour saisir la spontanéité de l’instant et la vivacité de l’enfance. Un garçon vêtu d’un costume ocre et brun au liséré bleu, coiffé d’un chapeau rouge, taquine un chat qu’il tient à la manière d’une marionnette, tandis qu’une petite fille blonde l’observe avec un mélange d’amusement et d’inquiétude. L’animal, dont on perçoit l’inconfort, ancre une composition triangulaire que Leyster organise avec une économie remarquable : fond neutre, peu d’accessoires, et toute l’attention concentrée sur les trois acteurs de la scène et leurs expressions distinctes et immédiatement lisibles.
Une artiste hors du commun dans le Haarlem du XVIIe siècle
Judith Leyster est l’une des rares femmes peintres à avoir été admise à la guilde de Saint-Luc de Haarlem en 1633, et à avoir signé ses œuvres d’un monogramme personnel : un J et un L entrelacés prolongés d’une étoile, en référence au sens de son nom de famille, « leister » pouvant être rapproché de « lodestar », étoile guide, en néerlandais. Elle avait ouvert son propre atelier et formé des apprentis, pratique alors exceptionnelle pour une femme. Son style emprunte à Frans Hals la touche libre et directe, mais avec un sens propre de la composition et de la lumière qui distingue son œuvre de celle de son illustre contemporain. Après son mariage avec le peintre Jan Miense Molenaer en 1636, son activité artistique diminue sensiblement, et elle est ensuite longtemps oubliée, plusieurs de ses tableaux ayant été attribués à tort à Frans Hals, jusqu’à la redécouverte progressive de son œuvre au XIXe siècle.
