
En parcourant les collections en ligne du LACMA, j’ai fait une belle découverte : Repos de midi de Frederick Carl Frieseke, un peintre américain installé en France dès 1898, voisin de Monet à Giverny et chevalier de la Légion d’honneur. Une figure majeure de l’impressionnisme américain que je ne connaissais pas.
Ce qui m’a d’abord frappé, c’est la lumière. Elle ne tombe pas, elle enveloppe. Filtrée par le feuillage, elle baigne les deux femmes allongées au bord de l’eau d’une douceur presque palpable. On sent la chaleur immobile de l’été, le silence de l’après-midi. Frieseke travaille ici avec une palette de verts, de blancs et d’ors irisés caractéristique de sa période givernoise, appliquée en touches légères et vibrantes qui font vibrer toute la surface de la toile.
Ce qui me touche particulièrement dans cette œuvre, c’est l’équilibre entre la joie des couleurs et la tranquillité de la scène. Rien d’anecdotique, rien de démonstratif : juste la vie suspendue, un instant de repos saisi avec une grande finesse. Une œuvre qui récompense le temps qu’on lui accorde.
Voir
Une main effleure l’eau. Les doigts pendent, indolents, sur le bord d’une barque verte. L’eau répond : ondulations brèves, reflets cuivrés. Autour, le feuillage explose en touches courtes, verts acides, jaunes sourds, blancs de fleurs. Deux femmes. L’une penchée dans la barque, l’autre assise sur la rive, ombrelle rose posée sur l’épaule. Elles ne se parlent pas. Elles respirent. Regardez la surface de la toile : aucun contour ferme. Tout tremble légèrement, comme l’air chaud.
Comprendre
Vers 1911, Frederick Carl Frieseke peint à Giverny depuis plusieurs années. Il a loué en 1906 la maison mitoyenne de celle de Monet. Il connaît cet espace par corps : les reflets de la rivière Epte, la végétation dense, la lumière filtrée des après-midis d’été. L’impressionnisme américain qu’il pratique n’est pas une copie de l’école française. C’est une adaptation : plus décorative, plus attentive aux figures féminines, moins intéressée par la fugacité atmosphérique que par la plénitude du moment. Frieseke l’affirme lui-même : c’est le soleil qui l’intéresse, pas la société. La scène semble paisible. Pourtant la barque n’est pas amarrée. Elle pourrait glisser.
Ressentir
La chaleur est physique. On la sent dans les blancs des robes, dans l’ombre verte qui protège sans isoler. Frieseke peint le repos comme un état presque fragile. Les deux femmes sont là, immobiles, et pourtant rien n’est figé : l’eau bouge, les feuilles frémissent, la lumière change. L’huile sur toile capte cet équilibre instable entre la détente et l’éveil. Observez combien la scène tient à peu de chose. Un souffle suffirait.
À voir au LACMA jusqu’en janvier 2027
Le Repos de midi de Frieseke prend une résonance toute particulière en ce moment : le Los Angeles County Museum of Art présente actuellement « Collecting Impressionism at LACMA », une exposition consacrée à l’histoire de la collection impressionniste du musée, visible jusqu’au 3 janvier 2027. Inaugurée le 21 décembre 2025, elle met en lumière les œuvres nouvellement acquises et retrace les goûts évolutifs qui ont façonné la collection, avec des pièces de Claude Monet et Vincent van Gogh. L’exposition rassemble peintures, estampes, photographies et objets décoratifs pour montrer comment l’impressionnisme est devenu un pilier des collections européennes des musées américains. Une occasion idéale de (re)découvrir Repos de midi dans ce contexte élargi, où la lumière d’été de Giverny que Frieseke aimait tant dialogue avec les maîtres français qu’il avait côtoyés.
Source : lacma.org
Une question pour vous
💭 Peut-on encore parler d’impressionnisme américain, ou cette étiquette efface-t-elle précisément ce qui fait l’originalité de Frieseke ?
À propos de cette œuvre
- Repos de midi
- Frederick Carl Frieseke
- vers 1911
- Huile sur toile
- 66,04 × 81,28 cm
- Los Angeles County Museum of Art (LACMA)
- https://collections.lacma.org/object/213853






