
À retenir
Le Garçon au gilet rouge est une huile sur toile peinte par Paul Cézanne entre 1888 et 1890, à Paris. Figure majeure du postimpressionnisme, le peintre y représente Michelangelo di Rosa, un jeune modèle professionnel italien. Cézanne l’a peint quatre fois à l’huile et deux fois à l’aquarelle. Cette version debout, la plus grande de la série, reprend la pose des portraits aristocratiques italiens du XVIe siècle. Elle s’en écarte par ses chairs vertes et mauves, et par un fond fragmenté en plans. Le tableau interroge la fonction même du portrait. Il est conservé à la National Gallery of Art de Washington, dans la collection de M. et Mme Paul Mellon.
J’aime beaucoup cette œuvre de Cézanne. Elle est forte et va bien au-delà d’un simple portrait de jeune garçon. Le modèle a posé pour le peintre dans son atelier parisien, et Cézanne l’a représenté plusieurs fois dans des poses différentes. Ici, debout, la main sur la hanche et le coude en avant, il adopte une attitude qui me fait penser à l’histoire de l’art et aux grands portraits aristocratiques du XVIe ou XVIIe siècle. Cézanne utilise cette pose de prestige sur un modèle d’atelier anonyme, et c’est ce décalage qui me touche. Mais ce qui m’attire surtout dans ce portrait, c’est sa densité : le fond richement paré de tentures, qui enserre la figure au lieu de la détacher ; le rendu des chairs, construit avec des couleurs inattendues, des verts, des bleus et des mauves là où l’on attendrait du rose ; la texture complexe des tissus, faite de grandes touches de peinture posées côte à côte, qui construisent les volumes plutôt qu’elles ne les décrivent. La tonalité générale de la toile est plutôt sourde et retenue, ce qui rend le gilet rouge d’autant plus marquant : c’est lui qui tient la composition et attire immédiatement le regard. On comprend en regardant ce tableau pourquoi tant d’artistes du XXe siècle ont vu en Cézanne un point de départ.
Vous êtes devant une égratignure de lumière. Quelques éclats blancs griffent le rouge du gilet, en bas à droite. Approchez-vous. La matière semble presque à vif. Tout le tableau part de là, de cette chaleur rugueuse posée au centre.
Ce que le Garçon au gilet rouge nous dit
Regardez le visage. Des verts froids creusent les orbites. Un mauve tiède remonte vers la pommette. Observez ensuite le bras qui pend à droite. Il s’étire, bien plus long que le naturel ne l’autorise. Le peintre préfère l’équilibre de la surface à l’exactitude anatomique. Derrière le garçon, le rideau à motifs floraux se brise en plans obliques, comme un vitrail fêlé. Sur le gilet, la touche avance par facettes larges et parallèles. Elle bâtit le volume comme on monte un mur. En bas à gauche, le dossier d’une chaise surgit, à peine posé.
Ce que l’époque de Paul Cézanne nous dit
Nous sommes à Paris, entre 1888 et 1890. Cézanne engage un modèle professionnel, chose rare chez lui. C’est un jeune Italien, Michelangelo di Rosa. Il le peint quatre fois à l’huile, et deux fois à l’aquarelle. Dans la version conservée à Zurich, le garçon s’assoit, la tête dans la main. Ici, il se tient debout, en contrapposto, comme un aristocrate du XVIe siècle italien. La toile de la National Gallery of Art est la plus grande de la série. Même modèle, même gilet : l’humeur change, pas l’énigme. Un visage qui ne livre rien. A comparer à la toile du MoMA où il est assis de profil.
Figure majeure du postimpressionnisme, Paul Cézanne (1839-1906) essuie longtemps les refus du Salon. À la fin des années 1880, des peintres découvrent ses toiles chez le père Tanguy. Le Garçon au gilet rouge naît de ces années-là.
Actualité : Cézanne au Grand Palais à Paris
Cet automne, Cézanne est à l’honneur à Paris : l’exposition « Cezanne et nous » se tient au Grand Palais du 23 septembre 2026 au 17 janvier 2027. Coproduite par le Grand Palais RMN, le Centre Pompidou et l’Établissement public du musée d’Orsay et de l’Orangerie. Elle ne se présente pas comme une rétrospective classique mais comme une enquête sur la postérité du peintre : le parcours réunit 174 œuvres, soit 69 toiles de Cézanne et 105 peintures signées par 78 artistes internationaux, de Gauguin à Matisse, Picasso, Mondrian, Joan Mitchell, Bridget Riley et Peter Doig.
Source : Grand Palais.
Une question pour vous
💭 Au même moment, Claude Monet peint encore et encore ses meules ou ses cathédrales ; Cézanne, lui, peint quatre fois le même garçon et reprend de nombreuses fois la Montagne Sainte-Victoire : pourquoi répète-t-on un même motif en peinture ?
À propos de cette œuvre
- Garçon au gilet rouge
- Paul Cézanne
- 1888-1890
- Huile sur toile
- 89,5 x 72,4 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- collection de M. et Mme Paul Mellon
- https://www.nga.gov/artworks/93044-boy-red-waistcoat
