
À retenir
Le Havre est une huile sur toile peinte en 1883 par Eugène Boudin (1824-1898), peintre normand considéré comme l’un des précurseurs de l’impressionnisme. Cette marine montre les abords du port du Havre sous un ciel nuageux occupant environ les trois quarts de la composition, avec des trois-mâts, un vapeur et des barques de rameurs. Boudin avait grandi au Havre, où il guida le jeune Claude Monet vers la peinture sur le motif en 1858, avant de participer à la première exposition impressionniste en 1874. Passée par la galerie Durand-Ruel, la collection Walker puis le Corcoran Gallery of Art, la toile appartient depuis 2015 à la National Gallery of Art de Washington.
La mer et les ciels, ce sont les thèmes de prédilection d’Eugène Boudin, ce peintre qui a incité le jeune Claude Monet à sortir pour peindre en plein air. Avec Le Havre, ce précurseur des impressionnistes nous livre déjà une peinture de la lumière et de l’impression du moment. Et ce port, il le connaît intimement. C’est là qu’il a grandi, et enfant, il travaillait déjà sur un bateau reliant Le Havre à Honfleur. Je ressens pleinement l’ambiance marine, les teintes d’une mer formée et d’un ciel chargé qui ne laisse que peu de place à l’azur. Une grande partie de la toile est consacrée au ciel, et c’est là que Boudin, surnommé « le roi des ciels » par Corot, montre toute sa maîtrise. J’aime le réalisme qui se dégage de cette toile, profondément ancrée dans son époque : les grands voiliers côtoient les navires à vapeur, témoins d’un port en pleine mutation à la fin du XIXᵉ siècle. Les barques chargées de rameurs rejoignent les navires pour un départ que j’imagine imminent. Les pavillons claquent au vent, et l’on croirait presque entendre le port s’agiter.
Regarder Le Havre
Un filet de rouge, à peine un trait, borde la coque d’une barque. Regardez en bas à gauche. Des rameurs penchés tirent sur leurs avirons dans une eau couleur de jade trouble. L’écume se brise en virgules blanches, nacrées de rose et d’or. Plus loin, un vapeur crache sa fumée noire le long de la jetée. À droite, un rideau de pluie avale déjà le dernier trois-mâts.
Comprendre cette oeuvre
L’horizon se tient au quart de la hauteur. Tout le reste appartient au ciel. Boudin y superpose des gris de plomb et des blancs crémeux, posés en pâte épaisse sur le grand cumulus. La touche reste visible partout, rapide, presque nerveuse. Les voiliers, eux, gardent leurs gréements, leurs haubans, leur pavillon tricolore. Le vapeur n’est qu’une silhouette et une traînée.
En 1883, Eugène Boudin a cinquante-neuf ans. C’est ici, au Havre, qu’il a entraîné Monet sur le motif en 1858. En 1874, il expose à ses côtés lors de la première exposition impressionniste. Onze ans avant cette marine, Monet peignait sur ce même port Impression, soleil levant. Même estuaire, même lumière mouillée. Boudin, pourtant, ne dissout jamais ses bateaux dans la brume.
Le destin de la toile dit aussi le goût d’une époque. En 1899, un an après la mort du peintre, elle entre chez Durand-Ruel, le marchand des impressionnistes. Elle traverse ensuite l’Atlantique pour la collection d’Edward et Mary Walker, entre l’Ontario et Washington. Léguée au Corcoran en 1937, elle rejoint la National Gallery of Art en 2015. Comme nombre de ses toiles, elle doit sa place aux collectionneurs américains.
Ressentir
La toile s’appelle Le Havre. De la ville, on n’aperçoit pourtant qu’un bout de jetée. Le vrai sujet flotte au-dessus. Sentez le vent qui gonfle les voiles et creuse la houle. Le sel pique les lèvres, l’air sent le charbon. Les rameurs luttent, les trois-mâts sont là, indifférents. Tout avance, rien n’arrive. Observez le blanc éclatant du grand nuage : c’est la seule chaleur du tableau. Elle ne touche jamais la mer.
Actualité : les 70 ans des Amis du musée Eugène-Boudin à Honfleur
Dans la ville natale du peintre, le musée Eugène-Boudin rend hommage jusqu’au 3 janvier 2027 à la Société des Amis du Musée Eugène-Boudin (SAMEB), qui fête ses 70 ans à travers une exposition inaugurée le 28 août 2026. Fondée en 1956, cette association s’est donné pour mission de soutenir le développement du musée municipal, d’enrichir ses collections et de valoriser les œuvres par des restaurations et des encadrements. Elle a notamment contribué à étendre la collection vers les précurseurs du XIXᵉ siècle, et à acquérir des œuvres du XXᵉ siècle venant compléter le fonds des artistes déjà présents au musée. Pendant toute la durée de l’exposition, des membres de la SAMEB la présentent au public chaque samedi à 16h30. Des visites thématiques sont également programmées ainsi qu’un parcours consacré aux œuvres données par la SAMEB au fil des collections. Fondé en 1868, le musée réunit autour de Boudin les peintres de l’estuaire, dont Courbet, Monet, Jongkind, Dubourg et Cals.
Source Musée Eugène Boudin, Honfleur.
Une question pour vous
En 1976, une exposition américaine présente cette toile parmi les peintres de l’école de Saint-Siméon, aux côtés de Jongkind : en la regardant aujourd’hui, la rangeriez-vous plutôt du côté du réalisme ou de l’impressionnisme
À propos de cette œuvre
- Le Havre
- Eugène Boudin
- 1883
- Huile sur toile
- 52,39 × 72,87 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/195115-le-havre
