
La richesse des couleurs de cette toile agit comme le véritable marqueur de la joyeuse compagnie : j’y devine presque le brouhaha des conversations, les éclats de rire, les airs de musique qui accompagnent la scène. Les expressions des visages, animées et complices, ainsi que la position des personnages, penchés les uns vers les autres dans un mouvement naturel, viennent renforcer cette impression. J’entends et vois ce groupe en pleine réjouissance. C’est une belle fête saisie sur le vif, pleine de vie, qui donne presque envie d’en partager la joie. Une scène de genre pittoresque, où Buytewech capte avec finesse l’esprit convivial de son époque.
Observez cette main qui se referme en coupe contre le dossier d’une chaise. Geste anodin. Sous la surpeinture, il cachait tout autre chose.
Sous le vernis, une fête retouchée
Buytewech peint la texture précise du satin noir, la brillance des cruches d’étain accrochées au mur. Au centre, une table octogonale porte un bol de verre empli de confiseries. Un vieil homme corpulent joue du violon, jambe tendue sur un tabouret. Des coquilles d’huîtres jonchent le sol. Six personnages se répartissent par paires, dans une symétrie presque mathématique. Au centre, un homme fixe le spectateur, attirant vers lui une jeune fille au sourire coquet, verre de vin en main.
Un tableau sous surveillance
Ce motif de la « joyeuse compagnie » traverse la peinture hollandaise du début du XVIIe siècle. Il dénonce, sous couvert de fête, le mode de vie dissolu de la haute société. Un ancien propriétaire jugea la scène trop crue. Il fit repeindre le geste de l’homme assis, dissimulé derrière une chaise inventée. Le paysage du fond fut réduit d’un tiers, les huîtres du sol effacées. La Gemäldegalerie retrouva l’œuvre dans son état d’origine avant son acquisition.
Willem Pietersz. Buytewech, surnommé « de gheestige Willem » par ses contemporains, reste avant tout un maître du dessin et de la gravure. Il peint cette huile sur toile vers 1622-1624, l’une des huit seules qui lui soient attribuées. Longtemps confondue avec l’œuvre de Dirk Hals, elle fut restituée à Buytewech sur l’intuition de Wilhelm von Bode.
Actualité
La Gemäldegalerie de Berlin présente en exposition permanente, au sein du Kulturforum, une collection de plus de 1 000 chefs-d’œuvre de la peinture européenne du XIIIe au XVIIIe siècle. La salle consacrée à Rembrandt, l’une des plus riches au monde avec seize toiles du maître, est entourée de peintures hollandaises et flamandes du XVIIe siècle : portraits, scènes de genre, intérieurs, paysages et natures mortes y illustrent la spécialisation thématique des artistes de l’âge d’or néerlandais. C’est précisément dans ce contexte de la peinture de genre hollandaise, dont Willem Buytewech fut l’un des pionniers avec ses scènes de compagnies joyeuses, que s’inscrit l’œuvre présentée ici.
Source : Gemäldegalerie, Berlin
Une question pour vous
💭 La peinture de genre hollandaise a-t-elle jamais vraiment tranché entre la leçon morale qu’elle prétend donner et le plaisir qu’elle donne à regarder ?
À propos de cette œuvre
- Une joyeuse compagnie
- Willem Pietersz. Buytewech
- vers 1622-1624
- Huile sur toile
- 65 x 81,5 cm
- Gemäldegalerie, Berlin
- https://recherche.smb.museum/detail/869413/fr%C3%B6hliche-gesellschaft






