
Leyde, 1630. Un jeune homme de 24 ans se plante devant son miroir. Il saisit un pinceau. Sur une plaque de cuivre pas plus grande qu’une carte postale, il commence à se peindre. Ce jeune homme s’appelle Rembrandt.
Un visage sculpté dans l’or
Regardez ce regard. Concentré, légèrement mélancolique, il scrute quelque chose au-delà du cadre. Le béret sombre écrase les boucles rousses. La lumière caresse le nez charnu, le menton volontaire. Le col blanc, froissé, tranche sur la cape brune et veloutée. Rembrandt peint avec une précision millimétrée. Chaque coup de pinceau est fin, presque tremblant de soin. Sous la peinture à l’huile se cache un secret : une couche de feuille d’or recouvre le blanc de plomb. Ce fond lumineux irradie les couleurs de l’intérieur.
La fijnschilderij au bout des doigts
En 1630, Rembrandt est encore marqué par les fijnschilders, les « peintres précieux » de Leyde. Ce mouvement valorise la minutie extrême, le détail invisible à l’œil nu. Peindre sur cuivre impose cette discipline : le support lisse et froid ne pardonne rien. On connaît cinq tableaux de Rembrandt sur cuivre, dont trois sur fond de feuille d’or. Cet autoportrait en fait partie. Il entre au Nationalmuseum de Stockholm en 1956, lors d’une grande rétrospective Rembrandt. Il y reste, petit chef-d’œuvre discret du baroque hollandais.
Rembrandt Harmenszoon van Rijn
Rembrandt Harmensz. van Rijn (1606–1669) naît à Leyde dans une famille de meuniers. Il devient le peintre de la lumière intérieure. Ses autoportraits — plus de quatre-vingts au total — forment un journal visuel unique dans l’histoire de l’art.
Une question pour vous
💭 Rembrandt s’est peint plus de quatre-vingts fois au fil de sa vie — quel autre artiste a fait de son propre visage un tel laboratoire ?
À propos de cette œuvre
- Autoportrait
- Rembrandt Harmensz. van Rijn
- 1630
- Huile sur cuivre, feuille d’or
- 15,5 × 12 cm
- Nationalmuseum, Stockholm
- https://collection.nationalmuseum.se/en/collection/item/22374/






