
Paris, 1738. Dans l’atelier de Jean-Marc Nattier, une jeune femme prend la pose. Elle est, pour quelques heures, une nymphe des eaux.
Une grâce suspendue dans la lumière
La figure émerge d’un fond brun-gris, presque immatériel. Sa chemise de soie blanche glisse de l’épaule, légère comme un souffle. Le peintre travaille en touches fluides, presque aériennes. La carnation est nacrée, les joues rosées avec une douceur poudreuse. Regardez sa main : elle effleure une urne antique ornée de méandres, d’où l’eau s’écoule. Les roseaux verts à gauche ancrent la scène dans un décor aquatique fantasmé. La lumière caresse le cou, l’épaule, les avant-bras — tout converge vers ce visage calme, légèrement tourné, qui vous fixe avec une tranquille assurance.
Une nymphe pour le marché de l’art
Au 18e siècle, la mythologie offre aux peintres une liberté précieuse. Représenter une femme en nymphe ou en source antique permet d’allier sensualité et culture classique. Nattier excelle dans cet exercice. L’identité du modèle reste mystérieuse : longtemps attribuée à Louise Henriette de Bourbon-Conti, cette attribution est aujourd’hui contestée. La touche libre, la composition séduisante suggèrent une œuvre destinée au marché privé — peinte pour plaire, pour circuler, pour séduire un amateur éclairé.
Jean-Marc Nattier
Jean-Marc Nattier (1685–1766) s’impose comme le portraitiste favori des dames de la cour de Louis XV. Il invente un genre hybride : le portrait en déesse ou en allégorie. Sa peinture rococo conjugue élégance formelle et sensibilité lumineuse. La Source illustre parfaitement cela.
Une question pour vous
💭 Cette œuvre pose une question toujours actuelle : l’art de commande et l’art de marché obéissent-ils aux mêmes règles de création ?
À propos de cette œuvre
- La Source
- Jean-Marc Nattier
- 1738
- Huile sur toile
- 80,6 × 65,1 cm
- The Metropolitan Museum of Art (MET), New York
- https://www.metmuseum.org/art/collection/search/437184






