
Anvers, années 1640. Jan de Heem compose l’une des plus somptueuses célébrations baroques de l’abondance. Sur une table, des grappes de raisin blanc et noir cascadent parmi les pêches, citrons et autres fruits. Un homard magistralement rendu, domine la scène de sa présence flamboyante.
Un festin pour les yeux
Jan de Heem déploie une virtuosité technique stupéfiante. Chaque grain de raisin capte la lumière. Les feuilles de vigne s’enroulent avec une précision botanique. Le homard présente des nuances chromatiques qui vont de l’orange brûlé au rouge vermillon. À droite est posée une aiguière en or ciselé. Au centre, sur un coffret bleu, un verre de vin à peine entamé porte une branche de laurier. Le zeste de citron qui pend en spirale apporte une touche de fantaisie baroque à cette composition.
La vanité derrière l’opulence
Cette nature morte néerlandaise du 17e siècle n’est pas qu’un étalage de richesses. Elle appartient au genre des pronkstilleven, ces « natures mortes d’apparat » qui symbolisent la prospérité du Siècle d’Or hollandais. Chaque élément porte un message moral. Les fruits périssables, le vin qui s’évente, le homard mort rappellent la fragilité de l’existence. Ce laurier accroché au verre invite à la tempérance et à la vertu, contrepoint spirituel à ce banquet terrestre.
Jan Davidszoon de Heem, maître du trompe-l’œil
Né à Utrecht, Jan de Heem (1606-1684) s’établit à Anvers où il perfectionne son art. Il fusionne la sobriété hollandaise avec l’exubérance flamande. Ses compositions, d’un grand réalisme, influencent toute une génération de peintres de natures mortes.
Une question pour vous
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À propos de cette œuvre
- Nature morte aux fruits et au homard
- Jan Davidszoon de Heem
- vers 1648-1649
- Huile sur toile
- 95,4 x 120,6 cm
- Staatliche Museen zu Berlin, Gemäldegalerie
- https://recherche.smb.museum/detail/864205/stillleben-mit-fr%C3%BCchten-und-hummer
Le pronkstilleven et l’art de l’ostentation
Nature morte aux fruits et au homard appartient au genre du pronkstilleven, terme néerlandais que l’on pourrait traduire par « nature morte d’apparat » ou « nature morte ostentatoire ». Ce genre, qui se développe en Hollande et en Flandre au cours du XVIIe siècle, se distingue des natures mortes simples par l’abondance délibérée de son dispositif : raisins noirs et blancs, pêches, citrons à l’écorce en spirale, aiguière dorée, coupe de vermeil, verre à moitié bu, et au centre, un homard rouge flamboyant. Chaque objet est là pour exhiber une maîtrise technique différente, rendu de la translucidité du verre, brillance du métal, texture du crustacé, humidité de la peau des fruits. De Heem (1606-1684), qui se forme à Utrecht avant de s’établir à Anvers, est le grand maître de ce genre : ses contemporains le reconnaissent comme le peintre de natures mortes le plus raffiné et le plus imité de son temps.
Memento mori et triomphe du visible
Derrière l’exubérance visuelle du tableau se cache un message moral que la culture baroque du XVIIe siècle lisait couramment : le memento mori. Les fruits commencent à se gâter, le citron pelé séchera, le homard est mort, tout ce luxe est temporaire, tout ce qui brille se ternit. La branche de laurier qui apparaît dans la composition est la contrepartie symbolique de cette méditation sur le temps : le laurier est signe de vertu et de gloire durables, contrepoint éthique à l’opulence périssable. Cette double lecture, plaisir des sens et vanité du monde, est constitutive du genre du pronkstilleven, qui satisfait simultanément les aspirations à la représentation de la richesse et les impératifs moraux d’une société protestante encore attentive au sens théologique de l’image. La toile (95,4 × 120,6 cm) est conservée à la Gemäldegalerie de Berlin.
