
Ce portrait d’un Mamelouk, réalisé en 1810 par Horace Vernet, témoigne de sa fascination précoce pour l’Orient et annonce déjà le style vivant et précis qui fera sa renommée dans la peinture d’histoire.
Le portrait saisit avec maestria un Mamelouk dans toute sa splendeur orientale, vêtu d’un costume spectaculaire qui mêle avec élégance le blanc immaculé d’une chemise ample, le rouge vif d’un gilet richement brodé et le vert profond d’une écharpe drapée avec art. Le turban, chef-d’œuvre de raffinement, s’enroule majestueusement autour de la tête du modèle, orné de motifs délicats et de bordures colorées qui témoignent d’un souci minutieux du détail. L’expression du visage, à la fois fière et mystérieuse, avec sa moustache soigneusement entretenue, capture parfaitement l’aura romanesque que ces guerriers orientaux exerçaient sur l’imaginaire français de l’époque.
La maîtrise technique de Vernet se révèle particulièrement dans le traitement des textiles et la subtilité des jeux de lumière qui modèlent le visage du sujet.
Pour aller plus loin
- Portrait d’un « Mamelouk », peint par Horace Vernet en 1810
- 29 1/2 x 24 1/4 in. (75 x 61.5 cm)
- The Metropolitan Museum of Art, 1000 Fifth Avenue, New York, exposé dans la Galerie 634
- https://www.metmuseum.org/art/collection/search/439337
Horace Vernet (1789-1863) fut l’un des peintres les plus célèbres de son temps, particulièrement reconnu pour ses scènes de bataille et ses représentations de la vie militaire. Issu d’une famille d’artistes, il développa très tôt un talent exceptionnel pour la peinture. Il se distingua comme le chroniqueur visuel de l’épopée napoléonienne et des gloires militaires françaises. Nommé directeur de l’Académie de France à Rome et peintre officiel de trois monarques successifs, il développa un style alliant précision documentaire et puissance dramatique.
Roustam Raza : l’homme derrière le portrait
Le sous-titre du tableau précise que le modèle serait Roustam Raza (vers 1781-1845), l’un des personnages les plus singuliers de l’époque napoléonienne. Né vers 1783 à Tiflis (actuelle Tbilissi, Géorgie) de parents arméniens, Roustam est kidnappé à l’âge de treize ans et vendu comme esclave au Caire. C’est là qu’un cheikh cairote le remet au général Bonaparte en 1798, lors de la campagne d’Egypte. Il devient alors le garde du corps personnel de l’Empereur et son valet de chambre attitré, dormant devant la porte de ses appartements pendant quinze ans de campagnes. Son rôle n’est pas seulement militaire : lors de cérémonies comme le sacre de 1804, il apparaît en costume oriental complet, incarnant visuellement la dimension impériale et exotique du régime napoléonien. En 1814, lorsque Napoléon est contraint à l’abdication et part pour l’île d’Elbe, Roustam refuse de le suivre. Il se marie, se retire de la vie publique et meurt à Dourdan le 7 décembre 1845. Ses mémoires, publiées en 1888, constituent un témoignage unique sur la vie privée de Napoléon.
L’orientalisme napoléonien et la peinture de Vernet
Horace Vernet (1789-1863) peint ce portrait en 1810, dans la pleine période impériale. A cette date, la campagne d’Egypte (1798-1801) a durablement modifié l’imaginaire français : les récits des soldats, les publications de la Description de l’Egypte et la présence de personnages comme Roustam dans l’entourage de l’Empereur ont créé une fascination pour l’Orient qui se traduit en peinture, en architecture et dans les arts décoratifs. Vernet, fils et petit-fils de peintres, s’impose progressivement dans le genre militaire et orientaliste qui sera sa marque de fabrique. Ce portrait précoce, conservé au Metropolitan Museum de New York (galerie 634, 75 × 61,5 cm), en témoigne : la précision du rendu des textiles, turban, gilet brodé, ceinture, y révèle un oeil attentif aux détails de costume qui deviendra l’une des caractéristiques de sa peinture de genre orientale.
