
Ce n’est pas le portrait d’une femme. C’est le portrait d’une revendication de pouvoir. En 1616, Marie de Médicis, Florentine, veuve d’Henri IV assassiné six ans plus tôt, régente puis maîtresse du gouvernement au nom de son jeune fils Louis XIII, se fait représenter en icône intouchable. Et elle en a besoin : femme et étrangère, une Médicis parmi les Bourbons, elle tient un pouvoir que la loi salique dit qu’une femme ne devrait pas tenir.
Alors chaque détail est un argument. Le noir n’est pas que le deuil : c’est la gravité, la légitimité qui pèse. Pourbus, le portraitiste flamand qu’elle a fait venir en France pour cela, bâtit autour d’elle une forteresse de satin et de dentelle, rendue avec une précision d’orfèvre. Les détails parlent d’eux même : les perles, la fraise plissée dressée comme une architecture, l’éventail, le fauteuil clouté d’argent. Ce n’est pas de la coquetterie : c’est une machine à fabriquer de l’autorité. Et comme toute image de propagande, elle se décline. Pourbus et son atelier en ont peint plusieurs versions, la reine Marie de Médicis tournée tantôt à droite, tantôt à gauche, faites pour être diffusées. Quelques années plus tard, elle verra plus grand encore, avec les vingt-quatre toiles du Cycle de Rubens et sa vie entière changée en mythologie.
Et pourtant. Regardons le visage, au-dessus de l’armure de perles : il ne triomphe pas. Il est fermé, un peu las, seul. C’est là que la toile nous atteint, par ce que la magnificence n’arrive pas à cacher : la précarité. Nous sommes en 1616, tout près du sommet, et dès l’année suivante son propre fils fera assassiner son favori et l’exilera à Blois. La reine la plus cuirassée d’images finira en exil, à Cologne, presque sans rien. On regarde quelqu’un se blinder de pouvoir juste avant de tout perdre.
Cinq ans plus tôt, Pourbus avait peint l’autre pièce de la même partie : Louis XIII, l’enfant-roi de dix ans, en habit d’apparat lui aussi. La mère et le fils, deux images pour une seule légitimité qu’elle exerce en son nom.
Une question pour vous
Derrière l’armure de perles, est-ce le pouvoir que Pourbus nous montre, ou déjà sa fragilité ?
Pour aller plus loin
- Marie de Médicis, en 1616, par Frans Pourbus le Jeune
- 99.7 × 77.5 cm (39 1/4 × 30 1/2 in.)
- The Art Institute of Chicago, exposé en Peinture et sculpture européennes, galerie 208
- https://www.artic.edu/artworks/78591/marie-de-medici






