À retenir
Chemin ensoleillé (Sonniger Weg) est une huile sur carton peinte en 1913 par August Macke (1887-1914), figure de l’expressionnisme allemand liée au Blaue Reiter. Le tableau compte parmi les premières œuvres réalisées à Hilterfingen, au bord du lac de Thoune, où le peintre s’installe en octobre 1913. Il représente des promeneurs aux silhouettes schématiques sous des arbres traversés par la lumière d’automne. Marquée par l’orphisme de Robert Delaunay, découvert à Paris en 1912, la composition repose sur des contrastes de couleurs complémentaires. Le LWL-Museum für Kunst und Kultur de Münster, qui l’a acquis en 1986, le range parmi les œuvres majeures de Macke, mort au front le 26 septembre 1914.
Encore un artiste disparu trop tôt. August Macke meurt le 26 septembre 1914, dans les premières semaines de la Grande Guerre, à seulement 27 ans. Il nous livre ici un de ses chefs-d’œuvre, ce Chemin ensoleillé, peint à l’automne 1913 à Hilterfingen, sur les rives du lac de Thoune en Suisse, quelques mois à peine avant sa mort. Une profusion de couleurs vives, emmenées par le jaune solaire de cette belle lumière d’automne qui transperce les arbres, et qui vient se poser sur le bleu profond du lac. J’aime beaucoup cette œuvre pour son côté lumineux, la simplicité des formes qui sont pourtant facilement reconnaissables, la présence de ces personnages en promenade sur ce chemin plein de soleil. Un couple accoudé à la balustrade contemple l’eau, tandis qu’une femme s’avance en tenant un petit garçon par la main. Macke ne leur donne presque pas de visage, et pourtant on devine tout de suite leur élégance et leur insouciance. Le format très étroit, tout en hauteur, renforce cette impression de calme et d’équilibre. Ce qui me touche aussi, c’est le doute du peintre. Sa femme Elisabeth raconte qu’il plaçait ses toiles au milieu du jardin baigné de soleil pour voir si elles résistaient à la vraie lumière, et qu’il se demandait lui-même s’il avait peint un chef-d’œuvre ou du kitsch. Plus d’un siècle plus tard, la réponse ne fait plus de doute. Si vous passez par Münster, ne manquez pas de le voir en vrai : il est exposé dans la salle 1.31 du LWL-Museum für Kunst und Kultur, qui l’a acquis en 1986.
Une tache de blanc pur, épaisse, presque en relief. Regardez à gauche : c’est le chapeau d’une silhouette accoudée à la rambarde. Autour d’elle, tout brûle. Le chemin flambe d’orange et de vermillon. Le feuillage crépite de jaune et de vert. Plus loin, une femme en corsage bordeaux avance, un enfant à la main. Vous sentez sur votre peau la tiédeur d’un soleil d’octobre, filtré par les branches.
Ce que cache Chemin ensoleillé
Approchez-vous du feuillage. Un réseau de fines craquelures le parcourt, comme l’écorce d’un vieux tronc. Macke peint ici à l’huile sur carton. Ce support rigide et peu coûteux revient souvent dans ses tableaux de 1913. Observez les deux gestes du pinceau. Dans les arbres, les touches sont croisées et nerveuses. Sur le chemin, elles s’étalent en larges coulées. Les fissures portent la trace du vieillissement de la couche picturale. Le temps a écrit sur la lumière.
Regardez maintenant les accords. L’orange du chemin répond au bleu profond du lac. Le rouge des troncs claque contre le vert des feuilles. Ce sont des couleurs complémentaires, posées côte à côte pour s’exalter l’une l’autre. Les ombres ne sont jamais grises : bleu nuit, brun rouge, vert sombre. Macke retient cette leçon à Paris, en 1912, lors d’une visite à Robert Delaunay avec Franz Marc. Le peintre français y développe l’orphisme, où la couleur seule construit l’espace et le rythme.
Les promeneurs, eux, n’ont presque pas de traits. Un ovale de chair, une casquette bleue, une jupe sombre. La notice du musée, à lire sur la collection en ligne du LWL-Museum, parle de silhouettes schématiques, juste assez individualisées. Le centre de l’image reste vide de tout événement. Le format étroit étire les troncs comme des colonnes. Le regard glisse le long du chemin sans jamais s’arrêter.
La même année, Macke peint la Femme à la veste verte, conservée au Museum Ludwig de Cologne. Elle aussi naît au bord du lac de Thoune. On y retrouve la veste verte et ces promeneurs aux traits à peine esquissés. Les deux tableaux se répondent comme deux variations d’un même air.
Tout ici respire la paix. Le tableau ne sait rien de ce qui vient. Vous, si.
August Macke et son époque
Né en 1887 à Meschede, en Westphalie, August Macke grandit à Cologne puis à Bonn. Il passe un temps par l’atelier de Lovis Corinth. Proche de Franz Marc et de Kandinsky, il participe au Blaue Reiter, l’un des foyers de l’expressionnisme allemand. Il s’en distingue par son goût du quotidien : vitrines, jardins, promeneurs. À partir d’octobre 1913, il vit à Hilterfingen avec Elisabeth et leurs enfants. Ces mois comptent parmi les plus féconds de sa vie. En avril 1914, il part pour la Tunisie avec Paul Klee et Louis Moilliet. Mobilisé en août, il tombe le 26 septembre 1914 près de Perthes-lès-Hurlus, en Champagne.
Actualité : Macke entre Münster et Bonn
Au LWL-Museum für Kunst und Kultur de Münster, qui conserve Chemin ensoleillé, des œuvres de Macke figurent dans l’exposition familiale « Reiselustig. Unterwegs mit dem Hasen Felix ». Ouverte le 28 mars 2026, elle a été prolongée jusqu’au 3 janvier 2027 face à son succès. À Bonn, le Musée August Macke Haus, installé dans l’ancienne maison-atelier du peintre, présente jusqu’au 31 janvier 2027 « Chunqing Huang : Reflections », un regard contemporain sur Macke et l’expressionnisme. Le musée prépare aussi « TWENTY-SEVEN | Life. Art. Legend » (25 février – 5 septembre 2027). L’exposition part de la mort de Macke à 27 ans, en 1914, pour explorer le mythe des artistes disparus jeunes. Elle montrera notamment Abschied, la dernière toile restée sur son chevalet. Enfin, le 3 janvier 2027 marquera le 140e anniversaire de la naissance du peintre.
Source : Museum August Macke Haus.
Une question pour vous
Macke se demandait s’il avait peint un chef-d’œuvre ou du kitsch. Qu’en auriez-vous dit, à la place de sa femme Elisabeth qui l’encourageait ?
À propos de cette œuvre
- Chemin ensoleillé (Sonniger Weg)
- August Macke
- 1913
- Huile sur carton
- 50 x 30 cm
- LWL-Museum für Kunst und Kultur, Münster
- https://sammlung-online.lwl-museum-kunst-kultur.de/werke/39242

