
À retenir
A XXI est une huile sur toile peinte en 1925 par László Moholy-Nagy (1895-1946), artiste hongrois et maître au Bauhaus de 1923 à 1928. Abstraite et géométrique, la composition associe un faisceau blanc, deux disques, un triangle et des bandes rayées. Leurs superpositions simulent la transparence. Le tableau date de l’année où Moholy-Nagy publie Malerei, Photographie, Film, texte fondateur de la « Nouvelle Vision ». Une inscription au revers autorise un accrochage vertical ou horizontal, liberté rare laissée au propriétaire. Acquise en 1962 auprès du marchand munichois Hans Hellmuth Klihm, la toile est conservée au LWL-Museum für Kunst und Kultur de Münster.
Moholy-Nagy m’étonne toujours par la radicalité de son abstraction. Ici, aucun motif à reconnaître, aucun sujet auquel se raccrocher : seulement des plans, des lignes et des couleurs qui se répondent. Et cette œuvre me frappe encore plus, car l’artiste propose lui-même de l’accrocher verticalement ou horizontalement. C’est une liberté rare, laissée au regardeur, et elle change profondément ce qu’on y voit. À la verticale, la composition semble s’élever ou tomber ; à l’horizontale, elle glisse, comme emportée par un mouvement latéral. Le tableau n’a plus de sens unique, au propre comme au figuré. Je note aussi une tension dans cette toile, renforcée par les fins traits d’un vert vif et par le déport des figures sur un côté. Le vide n’y est pas un manque : il pèse autant que les formes et crée un déséquilibre que l’œil cherche à résoudre. Mon regard s’y perd, circule, rebondit sur les lignes, puis revient toujours sur ce bord où tout semble se concentrer. Je trouve que peu de toiles m’obligent à regarder aussi activement.
Voir A XXI
Un trait vert, fin comme un fil tendu. Il coupe la toile de part en part, et un second le croise. Autour, rien n’est stable. Un large faisceau blanc plonge en diagonale. Un disque rouge s’y accroche, un disque noir vient y buter. Un triangle gris flotte, modelé par un dégradé fondu. En bas, des bandes rouges et jaunes rayent le fond beige. Regardez la moitié gauche : elle est presque vide. Le poids est ailleurs. Et pourtant, tout tient.
Comprendre Moholy-Nagy
Observez les croisements. Là où le faisceau blanc passe sur les rayures rouges, elles virent au rose saumon. Sur le disque noir, le blanc devient gris. Le disque rouge se scinde en brique et en vieux rose. Moholy-Nagy ne superpose pas des formes opaques. Il peint de la transparence, comme si chaque plan était une feuille de celluloïd traversée par la lumière. L’huile est pourtant une matière couvrante. L’illusion est donc construite de bout en bout. À droite du disque noir, un fin tracé de crayon reste visible. La construction ne se cache pas.
En 1925, l’artiste est maître au Bauhaus depuis deux ans. La même année paraît son livre Malerei, Photographie, Film, huitième volume des Bauhausbücher. Il y défend la « Nouvelle Vision » : l’objectif voit ce que l’œil ignore. A XXI transpose cette pensée en peinture. Comparez avec A II, peint en 1924 (New York, Guggenheim). Même titre neutre, une lettre et un numéro. Aucun sujet, seulement des expériences de vision.
L’histoire du tableau a ses paradoxes. Moholy-Nagy refusait de passer par les marchands d’art. Après sa mort en 1946, sa veuve Sibyl vend pourtant ses œuvres avec l’aide du marchand munichois Hans Hellmuth Klihm. Le LWL-Museum acquiert la toile auprès de lui en 1962.
Ressentir
Au revers, Moholy-Nagy a écrit que la toile s’accroche debout ou couchée. Le musée l’expose à la verticale. Un mur exige un sens. L’artiste, lui, n’en imposait aucun. Faites pivoter l’image en pensée. Le faisceau ne tombe plus : il file. Les rayures se dressent. Rien ne bouge sur la toile, et tout bascule. Cette liberté donne un pouvoir au regardeur. Elle lui retire aussi toute certitude. Le musée a tranché. L’œuvre, elle, ne tranche pas.
Actualité : Münster, de la sculpture à la lumière
À Münster, le LWL-Museum prépare un événement majeur. Les Skulptur Projekte se tiendront du 13 juin au 3 octobre 2027, sous la direction artistique du collectif de commissaires croates WHW (Sabina Sabolović, Nataša Ilić et Ivet Ćurlin). Avec cette sixième édition, la manifestation fêtera ses 50 ans. Le LWL-Museum für Kunst und Kultur en est le point de départ et en assure l’organisation. Plus loin, le musée étudie le projet pour 2028 d’une grande exposition sur la lumière, de Caravage à James Turrell, qui devrait relier plusieurs siècles d’histoire de l’art et investir l’espace extérieur du musée. Restons à l’écoute de l’actualité. Ce thème fait écho aux recherches de Moholy-Nagy, pionnier de l’art cinétique et lumineux.
Source Ville de Münster.
Une question pour vous
Si vous deviez accrocher A XXI chez vous, le mettriez-vous debout ou couché ?
À propos de cette œuvre
- « A XXI »
- László Moholy-Nagy
- 1925
- Huile sur toile
- 96 x 77 cm
- LWL-Museum für Kunst und Kultur, Münster
- https://sammlung-online.lwl-museum-kunst-kultur.de/werke/38812
