
Ce qui me frappe dans cette toile, comme souvent dans la peinture mythologique, c’est la manière dont le mythe devient prétexte à célébrer la beauté féminine. Coypel l’assume pleinement : Pâris est relégué dans la pénombre tandis que les trois déesses occupent toute la lumière du tableau. Un choix de composition éloquent, qui dit beaucoup sur le regard porté sur la femme dans l’art du XVIIIe siècle. C’est précisément ce type de questionnement que j’explore dans mon étude consacrée à la place de la femme dans l’art, disponible sur VMuseum. Entre représentation du corps féminin par les peintres masculins et œuvres produites par des femmes artistes à travers l’histoire de l’art, cette analyse vous donnera des clés de lecture nouvelles pour aborder ces toiles avec un œil différent.
Ce bras tendu. Vénus pointe vers Pâris, et toute la chaleur de la toile suit ce geste. Votre œil ne peut pas résister. Il suit la lumière, crème et dorée, qui baigne la déesse au centre. Le reste du tableau existe pour elle.
Ce que cache la surface
Noël-Nicolas Coypel peint ce Jugement de Pâris en 1728, en plein baroque français tardif. La touche est fluide, la chair vibrante, les drapés presque liquides. Observez Minerve, à droite : elle rassemble casque et bouclier, déjà vaincue. Junon et Iris s’effacent dans les nuages, derrière. Mercure observe, en retrait. Pâris, lui, tient la pomme dans la pénombre. La lumière ne lui appartient pas. Coypel construit une scène mythologique où le prétexte du jugement s’efface devant l’étude du corps féminin. Chaque déesse est un modèle. Le mythe est le cadre. La chair est le sujet.
L’artiste et son époque
Noël-Nicolas Coypel naît en 1690 dans une famille de peintres. Son père Noël, son demi-frère Antoine : la peinture est une affaire de lignée. Il entre à l’Académie Royale en 1720. Ses sujets : la mythologie, les déesses, les corps. Il meurt en 1734 à 44 ans, laissant une œuvre courte et dense. Le baroque français lui doit ses plus sensuelles compositions.
Actualités du Nationalmuseum en 2026
Le Nationalmuseum de Stockholm, qui conserve cette toile, propose jusqu’au 9 août 2026 deux expositions majeures : Fantasy and Reality – The Art of Johan Tobias Sergel et Badin – Beyond Surface and Mask. Une programmation ancrée dans le XVIIIe siècle, qui résonne directement avec l’œuvre de Coypel. L’occasion de voir le tableau en salle.
Source : nationalmuseum.se/en/exhibitions
Une question pour vous
💭 Et si ce n’était pas Pâris qui choisissait, mais Coypel qui désignait, à travers le mythe, ce que son époque voulait regarder ?
À propos de cette œuvre
- Le Jugement de Pâris
- Noël-Nicolas Coypel
- 1728
- Huile sur toile
- 101 × 82 cm
- Nationalmuseum, Stockholm
- https://collection.nationalmuseum.se/en/collection/item/17796/






