
Paris, 1767. Lagrenée met en scène une trahison silencieuse. Trois personnages, une chambre tendue de drapés sombres, et une jalousie qui va tout détruire.
La beauté avant la chute
Au centre, Mercure — reconnaissable à ses ailes de casque argentées — se penche vers Herse avec une ardeur contenue. Herse, à demi drapée, lui répond d’un regard doux. Observez le troisième personnage : Aglauros, tapie à droite, la main levée dans un geste d’avertissement. Son expression est sombre, fermée. Lagrenée travaille une palette chaude et lumineuse, typique du rococo tardif. Les chairs sont traitées à la manière de Boucher — nacrées, presque translucides. Les drapés structurent la composition.
Une jalousie gravée dans la pierre
Le mythe vient des Métamorphoses d’Ovide. Mercure, épris d’Herse, a soudoyé Aglauros pour accéder à sa sœur. Mais Minerve, irritée, ensemence le cœur d’Aglauros d’une jalousie dévorante. Elle bloque l’entrée, refuse le passage. Mercure la change alors en pierre noire — noircie par l’envie. Lagrenée peint l’instant précis de la confrontation, avant la métamorphose. En 1767, le tableau est exposé au Salon de Paris. Il entre ensuite dans la collection de Gustave Creutz, ambassadeur de Suède. Il rejoint ensuite le Nationalmuseum de Stockholm.
Lagrenée l’aîné
Louis-Jean-François Lagrenée l’aîné (1725–1805) est formé à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Premier peintre du tsar à Saint-Pétersbourg, il incarne la transition entre le rococo et le néoclassicisme. Sa maîtrise des sujets mythologiques fait de lui l’un des grands noms du Salon parisien du XVIIIe siècle.
Une question pour vous
💭 Et vous — reconnaissez-vous ce moment où la jalousie s’empare d’un visage avant même que les mots soient prononcés ?
À propos de cette œuvre
- Mercure, Herse et Aglauros
- Louis-Jean-François Lagrenée l’aîné
- 1767
- Huile sur toile
- 55 × 70 cm
- Nationalmuseum, Stockholm
- https://collection.nationalmuseum.se/en/collection/item/17842





