
Vers 1914. Une femme s’attarde dans un jardin luxuriant. Le soleil frappe. Jean Van den Eeckhoudt saisit l’instant : non pas un visage, mais une explosion de couleur et de lumière.
La couleur comme lumière
Le chapeau de paille domine la composition. Son cercle crème, cerclé d’un ruban vert intense, rayonne comme un soleil. Regardez : la robe rose côtoie une écharpe rouge vif. Les troncs mauves d’arbres découpent l’espace. Les feuilles, jaunes et vertes, vibrent dans un fond bleu-violet dense. Van den Eeckhoudt n’imite pas la nature. Il la traduit en aplats colorés synthétiques, posés avec une liberté fauve assumée. La touche est large, directe, presque brutale. Pourtant l’ensemble respire. La composition souple confère à l’œuvre un caractère profondément décoratif.
Un Belge au soleil du Midi
Après 1910, Van den Eeckhoudt abandonne progressivement le coup de pinceau divisionniste hérité du néo-impressionnisme. La couleur seule devient porteuse de lumière. Ce tableau en est la démonstration éclatante. Sa fréquentation des milieux d’avant-garde, notamment via Simon Bussy, proche d’Henri Matisse, l’a orienté vers le fauvisme. Le Midi révèle à ce peintre belge une palette qu’il n’aurait jamais trouvée sous les ciels gris de Flandre. Gand conserve cette œuvre-clé au Musée des Beaux-Arts, témoignage d’une transition artistique décisive.
Jean Van den Eeckhoudt
Jean Van den Eeckhoudt (1875-1946) se forme auprès de son oncle Isidore Verheyden, figure du luminisme belge. Influencé par l’impressionnisme, puis le postimpressionnisme, il évolue vers un fauvisme personnel, nourri de ses hivers méditerranéens à Menton dès 1904.
Une question pour vous
💭 Quand la couleur efface le visage et que la forme se synthétise, le tableau bascule : est-on encore dans le portrait, ou déjà aux portes de l’abstraction ?
À propos de cette œuvre
- Le Chapeau de paille
- Jean Van den Eeckhoudt
- vers 1914
- Huile sur toile
- 86,5 × 65,5 cm
- Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK Gent), Inv. 1976-I
- https://www.mskgent.be/fr/collection/1976-i






