
Avec ce portrait de José Costa y Bonells (dit Pepito), Goya nous présente l’enfance aristocratique figée dans un instant d’innocence solennelle.
Le jeune garçon se tient avec une dignité précoce, vêtu d’un costume militaire d’une blancheur immaculée qui contraste avec la veste de velours vert aux ornements dorés.
L’artiste, avec sa touche caractéristique capture la fragilité de l’enfance dans un regard empli d’une gravité déconcertante. Les jouets guerriers qui l’entourent pourraient constituer une allégorie troublante dans l’Espagne déchirée par la guerre. La palette sourde du fond met en valeur la silhouette lumineuse de l’enfant. Cette œuvre transcende le simple portrait de commande pour devenir une méditation poignante sur l’innocence confrontée aux violences de l’Histoire.
Pour aller plus loin
- José Costa y Bonells (mort en 1870), dit Pepito, par Goya (Francisco de Goya y Lucientes), vers 1810
- 105.1 x 84.5 cm
- The Metropolitan Museum of Art, Fifth Avenue, New York, exposé galerie 641
- https://www.metmuseum.org/art/collection/search/436546
Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828) traversait une période charnière de sa carrière lorsqu’il peignit ce portrait vers 1810. Peintre de cour devenu témoin lucide des atrocités de son temps, Goya avait alors déjà perdu l’ouïe suite à une grave maladie et développait une vision de plus en plus sombre et critique de la société espagnole. Ayant survécu à l’occupation napoléonienne, il maintenait des relations complexes avec l’élite madrilène, comme en témoigne cette commande pour la famille Costa-Bonells, liée à la fois au pouvoir royal et à ses prestigieux mécènes, les ducs d’Alba. Ce portrait réalisé dans le contexte de la guerre d’indépendance espagnole (1808-1814) anticipe les œuvres plus tourmentées de sa période noire, tout en conservant la maîtrise technique et la profondeur psychologique qui ont fait de Goya l’un des plus grands portraitistes de tous les temps.
L’enfance en uniforme, ou la gravité de l’innocent
Portrait de José Costa y Bonells, dit Pepito est l’un des portraits d’enfants les plus troublants de Francisco de Goya y Lucientes (Fuendetodos, 1746 – Bordeaux, 1828). Le jeune garçon est représenté dans un costume militaire immaculé d’un blanc éclatant, orné d’un gilet en velours vert et de boutons dorés, dans une pose qui allie l’apparat adulte à quelque chose d’indéfinissable, une gravité, une réserve, un regard qui ne cherche pas le sourire que l’on attend des portraits d’enfants. Goya saisit dans ce regard la fragilité particulière de l’enfance, cette période où l’être humain est encore entier et vulnérable, avant que la vie sociale ne l’amende. Des jouets en forme d’armes disposés autour de lui, détail que Goya ne rend pas anodin, fonctionnent comme une allégorie discrète de l’époque : en 1810, l’Espagne est en pleine guerre d’Indépendance contre les forces napoléoniennes, et la frontière entre le jeu de l’enfant et la violence des adultes n’a jamais été aussi mince.
Goya en 1810 : le sourd, le témoin, le portraitiste
Au moment où il peint ce tableau, Goya a soixante-quatre ans et vit dans une situation personnelle et politique délicate. Devenu sourd à la suite d’une grave maladie en 1793, il a traversé les bouleversements de la Révolution française, de l’invasion napoléonienne et de la résistance espagnole en observateur attentif et souvent critique, dont la série des Désastres de la guerre, réalisée précisément entre 1810 et 1820, constitue le témoignage le plus bouleversant. Dans ce contexte, un portrait d’enfant en costume militaire n’est pas un simple exercice de représentation sociale : c’est une image chargée de sous-entendus que seul l’artiste et peut-être quelques regardeurs avertis pouvaient lire. Le Metropolitan Museum de New York, qui conserve ce tableau dans sa galerie consacrée à la peinture espagnole du XIXe siècle, en fait l’un des exemples les plus saisissants du portrait par Goya de cette période.
