
Ce qui me touche d’emblée dans Le Concert, c’est que les couleurs semblent obéir à la même logique que la musique : variées, fraîches, accordées les unes aux autres sans jamais se heurter. Le bleu lumineux, les ocres chauds, le blanc cassé des chemises, chaque teinte joue sa partition dans une harmonie d’ensemble parfaitement maîtrisée.
Mais ce sont les personnages qui retiennent vraiment mon attention. Honthorst leur accorde à chacun une présence singulière, une émotion propre. Le chef qui dirige depuis le fond impose une autorité tranquille ; les musiciens, absorbés dans leur jeu, affichent cette concentration heureuse presque méditative que l’on reconnaît chez ceux qui font ce qu’ils aiment. Et puis il y a le buveur, rieur, légèrement en dehors, qui rappelle que cette scène n’est pas un concert solennel mais une fête, un moment de vie partagé.
C’est précisément cette dualité qui me marque : la rigueur de l’art et la légèreté du plaisir, côte à côte, sans tension. Honthorst ne peint pas la musique, il peint ce que la musique fait aux gens.
La soie bleue, à droite. Elle capte la lumière avant que l’œil n’ait choisi où aller. Le Concert de Gerrit van Honthorst entre dans un inventaire du palais du prince d’Orange en 1632. Huile sur toile, grand format, huit figures.
Analyse formelle et technique
Honthorst peint en pleine lumière diffuse. Pas de bougie, pas de nuit dramatique : le clair-obscur caravagesque est ici assagi, nordique. Les figures, grandeur nature, sont comprimées dans le cadre. Elles débordent, présentes physiquement. Le chef est de dos, manteau rouge sang, partitions ouvertes devant lui. Autour : un luthiste en bleu profond, une joueuse de guitare baroque en rose, un violoniste aux couleurs jaune et sombre. Les instruments, luth, viole, guitare baroque, sont rendus avec une précision tactile. Le tapis persan au premier plan ancre la composition dans le sensible. Observez les mains : chaque doigt est une intention. La touche est large, assurée. Les coloris sonnent ensemble comme des accords.
Portée historique et artistique
Utrecht, 1623. Honthorst est rentré d’Italie depuis trois ans. Il a fréquenté les Giustiniani, reçu des commandes de cardinaux, absorbé la leçon du Caravage. De retour, il adapte le caravagisme aux goûts de la cour néerlandaise. Le Concert est peut-être un cadeau diplomatique du roi de Bohême en exil, Frédéric Ier, au prince d’Orange qui le soutenait financièrement. L’harmonie musicale y double un message politique : jouer ensemble, c’est reconnaître l’autorité du chef. La tension entre fête populaire et allégorie du pouvoir n’est jamais résolue. Elle reste suspendue, comme un accord incomplet.
Gerrit van Honthorst (1592–1656), pilier de l’école caravagesque d’Utrecht avec Ter Brugghen et Van Baburen. Le Concert est conservé à la National Gallery of Art de Washington depuis son acquisition majeure dans ce domaine.
Gerrit van Honthorst à l’honneur en 2026
L’intérêt pour Gerrit van Honthorst connaît un renouveau notable cette année. Le Centraal Museum d’Utrecht lui consacre en 2026 sa première grande rétrospective, intitulée Gerard van Honthorst – Different to Rembrandt, dans la ville même où il est né, s’est marié et est mort. L’exposition réunit plus de 60 peintures et une trentaine de dessins issus de collections publiques et privées européennes et américaines, dont le Louvre, la collection royale britannique et la Galerie Borghèse. Elle est programmée du 25 avril au 13 septembre 2026 et s’est enrichie d’une acquisition récente : l’Extase de Marie-Madeleine, une œuvre romaine de jeunesse peinte entre 1618 et 1620, que le musée a présentée en avant-première à la TEFAF Maastricht. Une occasion rare de redécouvrir ce maître du clair-obscur, dont Le Concert (1623) illustre parfaitement la virtuosité de sa période caravagesque.
Source : centraalmuseum.nl
Une question pour vous
💭 Si vous deviez placer Le Concert dans une lignée, le rangeriez-vous du côté du Caravage qui l’a inspiré, ou du Vermeer qui viendra vingt ans plus tard peindre lui aussi la musique comme art de vivre ?
📌 À propos de cette œuvre
- Le Concert
- Gerrit van Honthorst
- 1623
- Huile sur toile
- 123,5 × 205 cm
- National Gallery of Art, Washington D.C.
- https://www.nga.gov/artworks/163184-concert





